mardi 12 février 2013

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hasan Nasrallah, durant la cérémonie commémorant le 40e jour après le jour de ‘Ashura - 03/01/2013





Prononcé à Baalbeck via écran télévisé le 3 janvier 2012.
Traduction bénévole et non officielle. 


[Section religieuse du discours]


[Salutations]

Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan le maudit (lapidé). 
 
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. 
 
Louange à Dieu, Seigneur des Mondes. 
 
Que la paix et le salut soient sur notre maître, le Sceau des Prophètes Abul Qasim Muhammad b. Abdallah, ainsi que sur sa noble et pure famille, ses compagnons choisis et fidèles, et sur l’ensemble des Prophètes et Messagers.

Savants, députés, frères et sœurs, que la paix d’Allah soit sur vous tous, ainsi que Sa miséricorde et Ses bienfaits.

Que la paix soit sur toi ô mon maître et commandeur, ô Aba ‘Abdillah al Hussein, ô fils (descendant) du Prophète, ainsi que sur les âmes qui sont tombées à tes côtés, et qui se réunissent autour de ton sépulcre. Recevez de notre part le salut et la paix perpétuels, aussi longtemps que nous vivrons, aussi longtemps que dureront le jour et la nuit. Que Dieu ne fasse pas de cette visite la dernière que nous vous rendrons.

Que la paix soit sur Hussein, sur ‘Ali le fils de Hussein, sur les (autres) enfants de Hussein, et sur les compagnons de Hussein.

[Hommage]

Je voudrais tout d’abord vous adresser à tous des remerciements, aux hommes, aux femmes, aux vieillards et aux enfants, vous qui êtes venus des différentes villes de la Bekaa et des différentes régions du Liban pour faire revivre ce grand événement et cette occasion solennelle. J’adresse des remerciements tout particuliers à ceux qui sont venus de régions lointaines, ont marché de longues heures durant, et ont passé la nuit dans tel village ou telle ville. Je demande à Allah, le Glorieux et le Très-Haut, de vous récompenser de la plus belle des manières pour vos efforts, votre deuil et pour les condoléances que vous adressez au Prophète – que les Bénédictions de Dieu soient sur lui et sur sa famille – pour la calamité qui s’est abattue sur son petit-fils – que la paix soit sur lui – le Maître des Martyrs. Vous avez toujours répondu à l’appel du Prophète – que les Bénédictions de Dieu soient sur lui et sur sa famille – et à l’appel de son petit-fils, le Maître des Martyrs – que la paix soit sur lui – à toutes les étapes, en toutes circonstances, sur tous les terrains, sur toutes les places, sur tous les fronts, et n’avez été avares ni d’argent, ni de sang, ni de présence, ni de voix, ni de cris, ni de prises de positions, ni de sacrifices, si grands et précieux soient-ils.

[La victoire de Hussein]

Aujourd’hui, cette procession, ces masses, cette présence convergent en ce lieu où vous vous trouvez actuellement, et où, durant l’année 61 de l’Hégire, passèrent et furent exposés les captifs [de l’armée de Yazid, après la bataille de Karbala et le martyre de Hussein et de la plupart des membres de sa famille et de ses compagnons], ainsi que les têtes des martyrs, dans des circonstances très difficiles, tragiques, douloureuses, cruelles / accablantes. Aujourd’hui, en marchant sur les pas mêmes de cette procession, exactement au même endroit, vous adressez un message au monde entier. Ce message affirme que cette voie morale, cette foi, cette spiritualité, cet esprit de combat qui allèrent jusqu’au sacrifice ultime, et ce depuis le premier jour de la Mission prophétique de Muhammad – que les Bénédictions de Dieu soient sur lui et sur sa famille – jusqu’à Badr et Uhud2, jusqu’à Karbala, cette voie restera vivante, forte, enracinée, perpétuelle, capable de façonner la communauté (islamique) et de la pousser à la défense de sa fierté, de sa dignité, de son honneur, de sa générosité et de sa noblesse. 
 
Aujourd’hui, lorsque nous vous regardons, nous savons qui a été victorieux à Karbala en l’an 61 de l’Hégire, et nous savons qui a été vaincu. Lorsque nous regardons vos visages, votre volonté, votre nombre, votre détermination, votre présence, lorsque nous regardons ces millions de personnes réunies dans la ville de Karbala, qui saturent le tombeau d’Aba ‘Abdillah al Hussein – que la paix soit sur lui – ainsi que celui de son frère Abi al Fadhl al ‘Abbas – que la paix soit sur lui – aujourd’hui, durant ces heures précises, nous savons qui a été victorieux lors de la bataille de Karbala, et qui a été vaincu, et nous savons quelle est la voie (la logique) qui a été gravée dans l’éternité. Est-ce la logique « Trame tous tes complots, évertue-toi dans toutes tes manigances et déploie tous tes efforts à ta guise, mais (j’en jure) par Allah, tu n’atteindras jamais notre rang ni notre statut, tu n’effaceras jamais notre nom des mémoires, des cœurs ou des lèvres, et tu n’éteindras jamais notre mention3 » qui a triomphé, ou est-ce la logique « Les Banu Hachim (famille dont est issu le Prophète) se sont emparés du pouvoir par des manigances ; ce n’était pas là une mission (prophétique), et aucune Révélation n’est descendue des Cieux » ? Est-ce la logique de Zaynab ou celle de Yazid ? Est-ce la logique de Hussein ou celle de Yazid ? Est-ce la logique de l’Islam ou celle de l’Age de l’Ignorance ? Est-ce le projet de l’Islam ou celui de l’Age de l’Ignorance ?

Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui, partout à travers le monde, et ce que nous avons vu à travers les siècles, réaffirme l’identité du victorieux, dont a parlé notre Imam Zayn al ‘Abidin4 – que la paix soit sur lui – le maître de la procession de la tristesse, de la fierté, de la détermination, de la volonté et de la loyauté, lorsqu’il entra dans la ville de Médine et fut interrogé par un impudent (qui se réjouissait de la situation) en ces termes : « Qui donc a été victorieux ? » Il répondit : « Quand tu entendras l’appel à la prière, tu sauras qui a été victorieux.  Lorsque tu entendras l’appel à la prière vibrer des termes ‘J’atteste qu’il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et que Muhammad est son Messager’ – que les Bénédictions d’Allah soient sur lui et sur sa famille – tu sauras qui est le victorieux. »

Et aujourd’hui encore, nous savons qui a été victorieux lorsque nous entendons le nom de Muhammad, le Messager d’Allah ­– que les Bénédictions d’Allah soient sur lui et sur sa famille –, résonner dans les appels à la prière, les plateaux télévisés, les chaînes satellites et les stations de radio, cinq fois par jour, à travers le globe. Nous savons alors que le sang a triomphé de l’épée à Karbala, et que le projet de Hussein, le petit-fils de Muhammad – que la paix d’Allah soit sur eux – est celui qui a triomphé l’an 61 de l’Hégire. Nous savons que la procession des captifs, que Zayn al Abidin, que les têtes exhibées à la pointe des lances, que les femmes couvertes de chaînes, qui furent amenées à pied sur une très longue distance jusqu’à Baalbeck, puis jusqu’à Damas, sont les vainqueurs, les victorieux, et le restent jusqu’à ce jour.

Aujourd’hui, à travers cette commémoration, nous réaffirmons cette idée, l’idée de la vitalité de ce projet, de la vitalité de cette communauté, de la vitalité de cette religion. De même, nous exprimons notre loyauté, notre gratitude, et notre reconnaissance sincère et totale du Prophète – que les Bénédictions d’Allah soient sur lui et sur sa famille –, de la famille du Prophète – que les Bénédictions d’Allah soient sur eux –, des Compagnons du Prophète, de ceux qui sont tombés martyrs aux côtés de Hussein à Karbala, et qui, par leur sacrifice, nous ont préservé ce message divin et l’ont transmis aux générations à venir, de telle sorte que nous soyons, en ce temps présent, parmi ceux qui y croient, qui s’y engagent, et qui agissent en conséquence, de telle sorte que nous y façonnions nos victoires, notre gloire, notre présent, notre avenir, l’unité de notre communauté et la dignité de nos peuples.

[Les périls de notre temps]

Mes frères et sœurs ! La commémoration de cet événement majeur et grandiose, surtout durant les temps que nous vivons, a une importance toute particulière, comme cela a été le cas à d’autres moments de l’histoire. Aujourd’hui, la marche à pied vers Karbala se fait dans des conditions dangereuses, au milieu des explosions et des attentats suicides, des tueries et massacres de groupes qui sont le fait de cette école takfiriste (qui accuse de mécréance) et meurtrière qui est aujourd’hui l’outil de l’Amérique (des Etats-Unis) afin de créer une sédition sanglante au sein des enfants de cette communauté et de leurs différentes écoles et factions. Mais les explosions et les attentats suicides ont-ils été capables, durant toutes ces années, d’entraver ou d’empêcher l’expression de cette passion pour Hussein et pour son grand-père – que les Bénédictions d’Allah soient sur eux –, à travers les processions de millions de fidèles, marchant à pied en direction du tombeau de Aba ‘Abdillah al Hussein – que la paix soit sur lui ?

Les tueries n’empêcheront pas les Pakistanais, dont les bus sont la cible d’explosions sur les frontières pendant le trajet qui les mène auprès de Hussein, de venir et revenir le visiter, pas plus que les assassinats et les attentats n’empêcheront les visiteurs (pèlerins) Iraniens, Iraqiens, Libanais, ou toute personne désireuse de rendre visite à Hussein, et provenant de quelque endroit du monde qui soit, de rendre visite à Hussein durant ces occasions, ni les kidnappings de visiteurs. A travers l’histoire, des milliers, et même des dizaines de milliers de personnes ont trouvé le martyre afin que cette commémoration reste vivante et soit gravée dans l’éternité.

Aujourd’hui, je m’adresse à ces meurtriers, à ceux qui perpètrent de ces massacres, pour leur dire que leur méthode est vouée à l’échec. Cette méthode est incorrecte, inefficace, et n’entraînera que plus d’attachement, de conviction, et d’enracinement à ces principes. Cette méthode ne peut modifier les croyances et convictions de personne. Il faut pleinement reconsidérer cette méthode, que ce soit à l’intérieur de la sphère islamique, en direction de ceux avec qui cette école takfiriste diffère d’avis, de pensée, d’école, de faction ou de méthode, parmi les sunnites ou parmi les chi’ites, ou même dans la sphère plus générale (des autres religions). Que signifie donc ce dont nous avons été témoins durant ces dernières années, et surtout durant cette dernière année, à savoir des explosions dans des églises, ce dans plus d’un pays musulman et arabe ? Que signifie le massacre de chrétiens dans des églises, au prétexte de les empêcher de fêter Noël ou le Réveillon ? Même du point de vue de l’Islam et de la jurisprudence, qui donc prétend que ces actes vous sont permis ? C’est là une partie des rituels et commémorations que l’Islam a permis et respectés à travers l’histoire. Depuis l’arrivée même de l’Islam dans ces régions, ces églises célèbrent Noël et d’autres fêtes saintes et occasions de leur calendrier. 
 
C’est donc vous qui apportez une nouvelle religion. C’est donc vous qui introduisez une nouvelle innovation (bida’a, hérésie) en voulant imposer jusqu’aux détails infimes de votre pensée par la tuerie, le meurtre, les massacres, les attentats. Mais vous ne parviendrez pas à vos objectifs. Cette voie est sans issue, et doit être bloquée de toute façon.


[Section politique du discours]


[Les dangers de la sédition]

Mes frères et sœurs ! Nous vivons actuellement, au Liban et dans la région, l’une des étapes les plus importantes, les plus dangereuses, et les plus sensibles de notre histoire. L’atmosphère générale qui prévaut sur la région et celle des séditions. Et malheureusement, la boussole de beaucoup personnes s’est affolée. Les priorités se sont brouillées, les normes et principes ont changé et se sont même corrompus et perdus. Les haines et rancœurs sont les émotions triomphantes, et jusqu’aux propos que nous entendons dans les différents plateaux, les échanges (dans les émissions de débat) que nous regardons à travers les satellites ne sont plus des dialogues ou des échanges, ni des concertations, ce ne sont que des insultes et des invectives. Deux personnes s’assoient autour d’une table et s’invectivent mutuellement, durant une heure, une heure trente, à quelques rares exceptions près.

C’est là un stade extrêmement dangereux, qui impose aux individus d’être plus calmes encore, plus prudents, plus à l’écoute, plus précis (dans leurs propos), plus aptes à assumer leurs responsabilités, car c’est une étape très sensible dans laquelle tout est confusément mêlé dans une très large mesure.
Le plus dangereux projet auquel sont confrontés notre région et notre communauté à ce stade et surtout durant les dernières années est le projet de division (de redécoupage des frontières et des nations). C’est le découpage des pays existants en plus petites entités, sur des bases sectaires, factionnelles, ou raciales. Même les pays dans lesquels il n’y a qu’une seule religion, une seule école religieuse, on veut les diviser en nord, sud, est et ouest, ou sur des bases tribales, ou d’autres divisions de la sorte.

Aujourd’hui, le jour de l’Islam et de la vivification de l’Islam et de la communauté, nous réaffirmons que nos principes et nos positions rejettent toute forme de division, tout appel au séparatisme ou à la partition d’un quelconque pays arabe ou islamique. Nous insistons lourdement sur la nécessité de préserver l’unité de tous les pays, et ce quels que soient les sacrifices, si grandes fussent les difficultés, si implacables fussent les oppressions et la tyrannie, et si légitimes fussent les demandes et revendications de droits. Nous ne parlons pas de craintes illusoires ou imaginaires. Cette menace de partition pèse sur de nombreux pays arabes comme le Yémen, l’Iraq (où la sédition sectaire est ravivée), la Syrie (qui est menacée plus que jamais auparavant), l’Egypte, la Libye et même l’Arabie Saoudite, entre autres pays arabes et islamiques. Il y a des projets et complots de partition qui doivent être combattus. 
 
Les peuples de chaque pays peuvent essayer de se mettre d’accord pour gérer leurs affaires et sur la forme de l’autorité administrative et gouvernementale, ce sont là des questions qui restent ouvertes et peuvent être adressées en tout temps, mais à l’aune de l’unité du pays, et non avec la précipitation vers la division et la partition. Il est sûr que cette menace pèse également sur le Liban, et c’est pourquoi nous devons réaffirmer aujourd’hui plus que jamais notre engagement plein et entier en faveur de l’unité du Liban en tant que pays, territoire, peuple, Etat et institutions. Si des projets de partitions en petits états ou émirats se fomentaient ici ou là, tous les Libanais devraient les rejeter. Le Liban est trop petit pour être divisé ou partitionné. Si un tel projet peut avoir de quelconques chances de se réaliser dans quelque autre pays, ces potentialités sont absolument absentes ici. Les Libanais aujourd’hui sont appelés à revivifier cette logique, la logique de la préservation de l’unité de cette nation, l’unité de ce peuple, l’unité de ce territoire, l’unité de ces institutions, et rejeter toute forme de division ou de séparatisme.

[L’influence de la situation syrienne sur le Liban]

Deuxièmement (j’ai énoncé le premier point sans dire « Premièrement ») : Mes frères et sœurs ! Nous ne devons pas nous cacher derrière notre index (doigt), et reconnaître que le Liban est le pays qui est le plus influencé par ce qui se passe autour de lui, surtout par ce qui se passe en Syrie. C’est là une conséquence de la constitution interne du Liban, de sa diversité et pluralité religieuse, factionnelle et politique.

[A suivre….]


Notes : 
1 ‘Ashura est le 10e jour du mois lunaire de Muharram, le premier mois du calendrier islamique. C’est la date anniversaire du martyre de Hussein, fils de l’Imam ‘Ali b. Abi Talib et Fatima al Zahra, et petit-fils du Prophète Muhammad, massacré à Karbala (Iraq) avec toute sa famille et ses partisans en l’an 61 du calendrier hégirien () par l’armée du calife de l’empire islamique à l’époque, le tyran et criminel Yazid b. Mu’awiya, auquel il refusait de prêter allégeance. Les musulmans – en particulier les chi’ites – commémorent également le quarantième jour suivant sa mort, anniversaire de la première visite des survivants d’entre sa famille auprès de son tombeau.

2 Lieux des deux premières batailles majeures entre les Musulmans et les Polythéistes, entre La Mecque et Médine, la première et la troisième années de l’Hégire. Badr est une victoire pour les musulmans, et Uhud une défaite.

3 Adresse de Zaynab b. ‘Ali b. Abi Talib, sœur de Hussein et captive, au calife Yazid b. Mu’awiya.

4 « La parure des dévots », surnom de ‘Ali b. al Hussein, le quatrième Imam reconnu par les chi’ites.

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