mercredi 13 novembre 2013

La Russie et l’Islam, partie 4 : l’ « Islam » comme une menace




Par Le Saqr


Le premier point sur lequel je voudrais attirer votre attention est que dans le titre La Russie et l’Islam, partie 4 : l’ « Islam » en tant que menace, j’ai mis le mot « Islam » entre guillemets. Ceci est très important, car la plupart des questions dont je vais parler aujourd’hui ne sont en aucune façon liées directement à l’Islam. Cependant, dans l’esprit de beaucoup de Russes, ces questions sont de fait liées à l’Islam et il est donc impossible d’analyser le sujet de « la Russie et l’Islam » sans regarder de très près les liens que tissent de nombreux Russes entre certains problèmes (qui n’ont pas de rapport direct avec l’Islam) et l’Islam lui-même.

L’emploi de certains termes peut prêter à confusion dans ce contexte. Prenez le mot « Musulman », que signifie-t-il vraiment ? En Bosnie, le mot « Musulman » était en réalité utilisé pour désigner tout « Bosnien non-orthodoxe et non-catholique » puisque à la fois les Croates et les Serbes étaient souvent originaires de Bosnie et que les Bosniens-Croates, les Bosniens-Serbes et les Bosniens-Musulmans proviennent tous exactement du même groupe ethnique (c’est pourquoi il est absolument faux de parler de « purification ethnique » dans le contexte bosnien). Plus tard, le terme inepte de « Bosniaque » a été forgé, par opposition au terme « Bosnien », parce qu’employer le terme de « Musulman » ou de « Bosnien » n’avait tout simplement aucun sens. Malgré tout, par le décret de quelques politiciens, ce que l’on avait l’habitude de désigner comme « Musulman » est devenu « Bosniaque » du jour au lendemain.

De même, en Irlande, les « troubles » opposaient soi-disant les Catholiques aux Protestants, mais est-ce que
l’IRA ou les Volontaires d’Ulster se souciaient vraiment de la Papauté ou de Martin Luther ? Ces appellations jouaient-elles vraiment un rôle pertinent dans ce conflit ?

Ce n’est pas du tout un problème nouveau. Dans le passé, l’Empire russe et l’Empire ottoman assimilaient les groupes religieux aux minorités ethniques, et c’est pourquoi les
Karaïtes en Russie n’étaient pas considérés comme des Juifs tandis que le Patriarche Orthodoxe de Constantinople était désigné par les Ottomans comme « Millet-Bâchi » ou « ethnarque ». Dans la France d’aujourd’hui, il y a un « problème » avec l’immigration musulmane et ses conséquences dans les banlieues de beaucoup de villes françaises. Mais en observant ces immigrants (la plupart algériens) de plus près, on peut légitimement se demander à quel degré ceci est un problème « Islamique ». Cette confusion entre les termes « Islam » (en tant que foi, religion) et « Musulman » (terme employé à la fois en tant que signe d’affiliation religieuse et, souvent, ethnique) est aussi fréquente dans la Russie d’aujourd’hui qu’en France. En gardant tous ces avertissements à l’esprit, considérons les différents problèmes qui amènent beaucoup de Russes à considérer l’ « Islam » (entre guillemets) comme une menace.

a) Immigration et criminalité.

Depuis la dissolution de l’ancienne Union soviétique, il y a eu un flot d’immigration continu venant des anciennes républiques soviétiques (Azerbaïdjan, Tadjikistan, etc.) vers les grandes villes russes. En parallèle à cela, un grand nombre d’immigrants provenant du Caucase (Tchétchènes, Daghestanais, etc.) émigrèrent également vers les régions centrales de la Russie. La combinaison de ces deux flux migratoires a abouti à une vaste augmentation du nombre des immigrés dans toutes les grandes villes de Russie. Comme c’est si souvent le cas, tandis que certains de ces immigrés venaient pour trouver du travail, il y avait assez d’éléments criminels parmi eux pour que les questions de l’immigration et du crime se retrouvent fortement liées entre elles. Typiquement, ces immigrants du sud étaient composés d’un mélange de quatre groupes :

a) Des travailleurs respectueux de la loi et travaillant dur, souvent impitoyablement exploités et traités comme des quasi-esclaves par leurs employeurs locaux.

b) Des jeunes hommes arrogants et très peu instruits qui, bien que n’étant pas nécessairement des criminels, agissent de manière très provocatrice et agressive.

c) Les petits voyous qui combinent un travail officiel avec des petites activités criminelles.

d) Les criminels endurcis qui sont profondément impliqués dans la drogue, la prostitution, les casinos illégaux, etc.

Voyous Tchétchènes types

Le premier groupe est plus grand que le deuxième qui, à son tour, est plus grand que le troisième, tandis que le quatrième groupe est le plus petit de tous. Et pourtant, cette combinaison explosive entraîne en Russie exactement le même effet qu’en France : elle associe crime et immigration dans l’esprit de beaucoup de gens, sinon la plupart.

De plus, puisque la plupart de ces immigrés viennent de pays historiquement musulmans et puisque beaucoup d’entre eux se considèrent musulmans, beaucoup de Russes ont leur première interaction (ou l’interaction la plus fréquente) avec ces musulmans présumés dans une situation criminelle. Quant au fait que dans la majorité des cas, ces « voyous musulmans » ne connaissent absolument rien à l’Islam, cela n’est pas du tout mis en évidence, en particulier d’un point de vue russe.

L’auteur et philosophe français Alain Soral, qui est très activement engagé dans des efforts de réconciliation et d’unification de tous les citoyens français contre le Nouvel Ordre mondial, chrétiens et musulmans inclus, parle d’« Islamo-racaille » pour désigner de jeunes voyous gueulards, portant des vêtements typiques de « gangsta-rap », avec des casquettes New York City, et qui parlent d’Allah et de Kouffars (mécréants) en se baladant dans des voitures de sport – souvent défoncés ou saouls – à la recherche de quelqu’un à voler, violer ou agresser. Comme Soral le souligne, ces gens ne sont pas du tout le type de personnes que vous verriez sortir d’une mosquée, et le même phénomène se produit en Russie. Cependant, il est indéniable que beaucoup de Russes font toujours l’association entre « Islam » et criminalité.

b) Wahhabisme – interne

Les guerres en Tchétchénie et le terrorisme Islamique dans le
Daghestan et beaucoup d’autres parties de la Russie ont eu un impact énorme sur l’opinion publique russe. Les deux guerres en Tchétchénie, en particulier, ont entraîné une aversion profonde pour les insurgés Tchétchènes et tous autres groupes terroristes islamiques qui pourraient être décrits comme « Wahhabites ». Initialement, le tsunami de propagande venant des médias occidentaux combiné à celui des médias libéraux russes laissèrent les gens confus sur ce qui se passait vraiment, mais bientôt les événements horribles sur le terrain devinrent impossibles à occulter : les insurgés Tchétchènes joignaient le pire du pire de l’extrémisme wahhabite avec le pire de la brutalité tchétchène. Des milliers de personnes étaient sommairement exécutés, des femmes  violées, des soldats russes et même des civils étaient torturés à mort, crucifiés, écorchés vifs, violés et décapités. Des otages étaient enlevés dans toute la Russie du sud et un marché d’esclaves avait lieu chaque jour dans le centre-ville de Grozny. Et toutes ces horreurs étaient commises par des hommes barbus, brandissant des drapeaux verts et noirs brodés de sourates du Coran, et aux cris constants d’Allahu Akbar (Dieu est le plus Grand). Et puisque les insurgés Tchétchènes aimaient utiliser leurs téléphones portables pour filmer leurs atrocités, un flot constant de vidéos à glacer le sang était diffusé sur la télévision russe et sur internet. En 2000, l’opinion publique russe était favorable à une répression impitoyable contre tous les terroristes islamiques et quiconque les soutenant.

Pour empirer les choses, l’insurrection tchétchène avait le soutien de la grande majorité du monde musulman qui, tout comme en Bosnie et au Kosovo, se rangeait automatiquement du côté des musulmans, quoi qu’il arrive (j’appelle ça la position « Ma Oumma, à tort ou à raison »). Ce soutien automatique au côté musulman, même quand il est en grande partie composé de terroristes wahhabites et de criminels, a gravement entaché l’image de l’Islam en Russie et a donné un grand poids au paradigme du « choc des civilisations » que l’Occident et ses partisans en Russie voulaient imposer à l’opinion publique russe. (En réalité, la Russie a dû faire face à exactement la même internationale terroriste Wahhabite que la Syrie aujourd'hui, et à l'époque, il y avait la même proportion de Tchétchènes anti-Wahhabites que de Syriens anti-Wahhabites aujourd'hui.)

Si sous Eltsine l’Etat russe se révéla complètement incapable de prendre la moindre mesure pour faire face à cette situation, sous Poutine, les choses changèrent très rapidement comme le montra la
Seconde Guerre de Tchétchénie qui a littéralement écrasé l’insurrection. Par la suite, les efforts combinés d’un appareil de sécurité russe complètement réorganisé, et l’arrivée au pouvoir d’Akhmad et, plus tard, de Ramzan Kadyrov ont complètement changé la situation. Grozny fut reconstruite en un temps record et la Tchétchénie devint l’une des républiques les plus sûres de tout le Caucase (au détriment du Daghestan où la situation empira). Le coût en vies humaines et en souffrance fut absolument affreux, à la fois pour les Russes (presque tous ceux qui ont survécu quittèrent la Tchétchénie) et pour les Tchétchènes qui périrent en très grand nombre. La cicatrice principale laissée par cette guerre est que la Russie est devenue une société de tolérance zéro vis-à-vis de toute forme de Wahhabisme et que le peuple russe a entièrement validé ce que j’appelle la « doctrine Poutine » de négociation avec les Wahhabites : « changez vos mœurs ou préparez-vous à être annihilés ». Ceci, à propos, s’applique à la fois aux individus et aux groupes ethniques : contre un ennemi wahhabite, le peuple russe soutiendra les méthodes de guerre les plus radicales possibles, ce dont beaucoup de communautés musulmanes sont très conscientes (je reviendrai sur ce point).

Forces d’intervention Spetsnaz GRU avec un prisonnier Arabe

En Tchétchénie même, Ramzan Kadyrov a institué une politique anti-wahhabite encore plus sévère que dans le reste de la Russie. Pendant la Seconde Guerre de Tchétchénie, des mercenaires étrangers et des prédicateurs étaient interrogés puis sommairement exécutés par les forces russes et tchétchènes, et depuis ce conflit, les prédicateurs saoudiens, yéménites ou pakistanais se voient tout simplement interdire l’accès en Tchétchénie.

Contrairement aux prédictions de la plupart des « experts », le Kremlin a fait face avec succès à la situation en Tchétchénie, mais l’une des conséquences inévitables de ce succès a été que beaucoup d’extrémistes wahhabites de Tchétchénie ont reflué vers le Daghestan voisin et même dans le reste de la Russie. Et ce deuxième problème est loin d’être résolu. Tandis que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont maintenant adouci leur rhétorique pro-tchétchène, les Saoudiens propagent toujours l’Islam wahhabite en Russie, bien que d’une façon plus discrète.

D’abord, ils forment des prédicateurs en Arabie Saoudite et les renvoient en Russie. Ensuite, ces prédicateurs forment de petites communautés, souvent à l’intérieur des mosquées, où les fidèles sont recrutés pour des activités sociales et religieuses. Pendant cette phase, les candidats à la prochaine étape sont soigneusement étudiés, examinés et sélectionnés pour la phase suivante : l’établissement de caches d’armes, de planques, de terrains d’entraînement et d’autres choses de ce genre. Finalement, les nouvelles recrues sont utilisées pour attaquer des commissariats de police, des banques, assassiner des religieux traditionnalistes (anti-wahhabites) et confronter les gangs mafieux. Les services de sécurité russes ont observé ce type de séquence au Daghestan, au
Kazan ou à Stavropol (des régions avec d’importantes minorités musulmanes), mais aussi à Saint-Pétersbourg, une ville avec une population musulmane très faible et très traditionaliste. Jusqu’à présent, les services de sécurité ont toujours eu un coup d’avance mais ceci est loin d’être terminé et ce genre d’efforts de pénétration peut durer très longtemps.

Un des aspects cruciaux de cette dynamique est la réaction des leaders spirituels musulmans locaux et traditionalistes. D’abord, comme je l’ai mentionné précédemment, aucun musulman russe ne veut avoir une « Seconde Guerre de Tchétchénie » dans sa propre ville ou région, parce qu’ils n’ont absolument aucun doute sur le résultat d’une telle guerre. Deuxièmement, les leaders spirituels musulmans traditionalistes sont eux-mêmes les premières victimes des infiltrés wahhabites qui commencent souvent leur phase d’opérations « active » en assassinant les imams locaux. Troisièmement, les musulmans en Russie sont souvent très rapidement désillusionnés vis-à-vis de la version saoudienne de l’Islam qui déclare comme « non-islamiques » un certain nombre de coutumes et traditions qui sont au cœur de l’identité culturelle de beaucoup de groupes musulmans en Russie. Quatrièmement, malgré tous les voyous du Caucase qui se comportent de manière obscène et vulgaire en Russie centrale, le fait est que les communautés musulmanes dont ils proviennent sont souvent très conservatrices et paisibles et que la vieille génération condamne clairement ces types de comportements qui, à leur avis, sont une honte pour leur peuple. Cinquièmement, on ne devrait pas sous-estimer l’héritage de la période soviétique qui a promu à la fois la laïcité et le modernisme, laissant un impact profond sur les élites locales. Ces élites sont à la fois outragées et horrifiées quand des prédicateurs wahhabites leur disent qu’ils doivent complètement abandonner leur mode de vie et commencer à vivre selon des préceptes médiévaux. Finalement, il y a une tension inhérente entre toute forme de nationalisme et le style saoudien wahhabite importé en Russie. Cette tension est un des éléments clés qui ont retourné le clan Kadyrov contre les divers chefs militaires wahhabites en Tchétchénie, qui étaient considérés par les leaders tchétchènes plus nationalistes comme des étrangers arrogants, ennemis des traditions tchétchènes ancestrales. Pour toutes ces raisons, il y a une forte opposition de la part des communautés musulmanes locales et des leaders musulmans contre le type d’Islam wahhabite que les Saoudiens essayent d’exporter en Russie.

c) Wahhabisme – externe

Le Wahhabisme est non seulement une menace interne pour la Russie, mais c’est aussi une menace extérieure majeure. Selon des analystes russes, l’administration Obama a conçu un ensemble de politiques impérialistes fondamentalement nouvelles qui sont maintenant mises en œuvre. Pendant l’ère Bush, les Etats-Unis ont exercé un contrôle direct sur le Moyen-Orient et l’Afrique, surtout au moyen d’interventions militaires. Cette approche « directe » est la manière dont le lobby juif et les Néoconservateurs ont cru que les Etats-Unis devaient maintenir leur empire mondial. Obama représente un type très différent d’électeurs (le vieil argent « Anglo-saxon ») qui s’oppose avec véhémence aux Néoconservateurs et qui consentira à soutenir verbalement les inconditionnels d’Israël, mais qui, en réalité, place les intérêts stratégiques américains loin devant toutes priorités sionistes. Dans les faits, cela signifie que l’administration Obama retirera autant de troupes américaines que possible et abandonnera le contrôle direct de régions contestées, et qu’elle assurera sa domination sur un pays ou une région au moyen du chaos. C’est une politique de contrôle impérial indirect.

Après tout, pourquoi envahir et occuper un pays, perdant ainsi du sang et de l’argent américains, quand on peut utiliser des intermédiaires pour créer une situation de chaos absolu à l’intérieur de ce pays ? Dans le meilleur des cas, le chaos mène à un « changement de régime » de style libyen, et dans le pire des cas, à une guerre civile comme celle qui se déroule en Syrie. Mais dans les deux cas, les chefs d’État indésirables comme Kadhafi ou Assad ont « perdu leurs crocs » (sont rendus inoffensifs) et leurs pays ont été écartés de toute éventuelle alliance anti-américaine. Quant aux « braves types » du jour (comme
Abdallah en Jordanie ou Hamad au Bahreïn), ils sont protégés du chaos environnant à des coûts très limités.

Selon des analystes russes, le Wahhabisme et Al-Qaeda sont les fantassins de cette nouvelle politique impériale américaine. Les Etats-Unis les « injectent » simplement dans toute société qu’ils veulent subvertir et ensuite ils restent en retrait avec rien d’autre à faire que d’envoyer des forces spéciales en soutien ici ou là, selon les besoins du moment. Dans cette situation, l’agent de la CIA est le marionnettiste et le Wahhabite forcené est la marionnette, qu’il en soit conscient ou pas.

La grande crainte des analystes russes est que cette stratégie américaine soit utilisée pour renverser Assad et qu’elle soit ensuite utilisée contre l’Iran. Il est vrai que la Syrie compte une large majorité sunnite, tandis que l’Iran est principalement chiite, et les wahhabites haïssent le chiisme de manière viscérale. Cependant, l’Iran possède de petites minorités kurdes, turkmènes et baloutches (sunnites) qui, associées avec les « révolutionnaires Gucci » pro-occidentaux des classes supérieures, pourraient faire peser un risque réel pour le régime
. Et sinon, il y a toujours la possibilité de déclencher une guerre entre l’Iran et un pays sunnite. La plupart des analystes russes estiment que l’Iran est assez fort pour résister à de telles tentatives de déstabilisation, mais ils restent très attentifs à la situation parce qu’ils considèrent que si l’Iran devait sombrer dans une forme de chaos orchestré par les États-Unis, cela affecterait directement les régions du sud de la Russie.

Certains analystes voient aussi cette stratégie américaine dite « indirecte » ou de « contrôle par le chaos » comme une situation « gagnant-gagnant » pour les Etats-Unis même si leurs intermédiaires wahhabites sont vaincus. Ils posent une question simple : que se passerait-il si Assad remporte définitivement la guerre en Syrie ? Où les Wahhabites iront-t-ils ensuite ? Retourneront-ils au Mali, qu’ils ont quitté temporairement pour éviter de combattre les Français ? Ou en Algérie, pour y fomenter une guerre civile ? Ou peut-être au Kosovo ou même dans le sud de la France ? Et si ces wahhabites décidaient de « sonder le terrain » au Kazakhstan ?

Ce type de préoccupations amène quelques spécialistes de sécurité russes à voir un aspect positif à la guerre en Syrie. En termes simples, Assad tue beaucoup d’éléments d’Al-Qaïda, et chaque forcené wahhabite tué en Syrie est un candidat de moins à la guerre sainte dans une autre partie du monde.

Nous pouvons maintenant clairement saisir le raisonnement derrière la politique russe de ne pas menacer de bloquer les lignes de ravitaillement de l’OTAN traversant la Russie, indépendamment des déclarations et actions malveillantes et hostiles provenant du camp américain : les Russes veulent que les Américains restent en Afghanistan aussi longtemps que possible pour donner le temps à la Russie et à ses alliés tel que le Tadjikistan de se préparer à un retour du régime taliban à Kaboul. En attendant, la Russie renforce sa puissante Base Militaire Russe 201 (ancienne
Division Motor-Rifle 201) au Tadjikistan et apporte une assistance technique aux gardes-frontières tadjiks.


Commandements militaires régionaux de Russie

Dans le cadre des réformes récentes des
Forces armées de la Fédération de Russie, toute l’armée russe a été réorganisée en quatre Commandements Stratégiques, chacun capable de mener indépendamment une guerre défensive régionale en prenant directement le contrôle de presque toutes les forces militaires et les ressources de sa zone. Il est intéressant de noter que tandis que le centre de commande stratégique du Sud est le plus petit de tous en superficie, c’est de loin le plus prêt au combat. S’il y a quelque chose que la guerre de Géorgie du 08.08.08 a clairement démontré, c’est la vitesse éclair à laquelle la 58ème armée et la Flotte de la Mer Noire étaient prêtes à entrer en guerre (et ceci malgré le fait que le Kremlin ait mis un certain temps pour finalement réagir). Il est tout à fait clair qu’après les succès russes en Tchétchénie et en Géorgie, Moscou ne baisse pas sa garde, et restera prête à  s’engager dans un large spectre d’opérations militaires s’étendant de heurts locaux à une guerre régionale totale.

d) L’Islam à travers le prisme du « choc des civilisations »

Cet aspect de la « menace Islamique » diffère fondamentalement de tous les autres puisqu’il est basé sur une thèse qui n’est jamais vraiment mise à l’épreuve, mais seulement proclamée : à savoir qu’il y aurait un « 
choc des civilisations » entre, schématiquement, « l’Europe chrétienne » d’un côté et l’Islam « Oriental » ou « Arabe » de l’autre. Peu importe que l’Europe ait perdu presque tout signe de Chrétienté depuis bien des années, peu importe si l’Islam n’est ni principalement « Oriental », ni principalement « Arabe », peu importe le fait que l’Islam inclue des civilisations très différentes (du Maroc à l’Indonésie) et peu importe qu’aucune « civilisation » musulmane ou Islamique n’ait attaqué l’Occident depuis très longtemps. Et soit dit en passant, les partisans de cette théorie mettraient un pays théocratique et raciste comme Israël dans le camp « Occidental », sinon « Chrétien et Européen », en ignorant le rôle clé joué par la Turquie musulmane dans l’OTAN. En d’autres termes, cette vision est 100 % idéologique, les faits n’y comptent pas. Et pourtant, il y a un certain nombre de groupes en Russie qui sont heureux de promouvoir cette vision du monde :

a) Les communistes. Dans la vieille et mauvaise mentalité soviétique, l’Islam est, comme toute autre religion, un ennemi idéologique. Si 
Ziouganov et sa bande ne parlent pas d’ « opium du peuple », c’est parce qu’ils ont peur de contrarier leurs membres chrétiens orthodoxes, d’autant plus que de nos jours, être « orthodoxe » vous donne une légitimité patriotique. Mais être musulman vous donne exactement une légitimité *zéro* auprès des communistes. Ils seraient plutôt enclins à voir l’Islam et les musulmans comme des agents à la solde d’intérêts étrangers.

b) Les sionistes : contrairement à la croyance populaire, il y a encore beaucoup de sionistes en Russie, y compris dans les médias, et ils ne manquent jamais l’occasion d’attiser les flammes de l’islamophobie. Un de leurs tours préférés est de toujours et délibérément amalgamer toutes les formes d’Islam avec les actes de n’importe quel « musulman », qu’il soit religieux ou pas, et de tirer la conclusion que « l’Islam est notre ennemi moral commun ». Pour ces gens, la Russie et Israël sont des alliés naturels contre l’adversaire islamique commun, et même l’Iran ne mérite aucune confiance. Inutile de dire que les israéliens s’efforcent par tous les moyens de courtiser ces cercles et de promouvoir l’image  suivante : « vous avez eu les Tchétchènes, nous avons les Palestiniens ».

c) Les néonazis russes : Ce n’est qu’un tout petit groupe, mais qui se manifestent avec force. Ce sont les fameux skinheads russes qui estiment défendre la Race Blanche lorsqu’ils tabassent un Tadjik dans le métro. Certains d’entre eux prétendent être Orthodoxes, quoiqu’une majorité aime chercher leurs racines dans une distante « Russie païenne » peuplée de guerriers blancs aux yeux bleus. Ces groupes existent surtout sur Internet, mais ils se réunissent parfois dans des lieux isolés pour « s’entrainer » pour le « conflit à venir ».

Récemment un groupe de patriotes Russes véritables s’est réuni et a commencé à enquêter discrètement sur ces groupes. Il s’est avéré que les plus virulents et racistes d’entre eux possédaient tous une adresse IP aux Etats-Unis, au Canada et en Israël. Les services de sécurité russes soupçonnent fortement que ces groupes reçoivent le soutien des services secrets américains et d’autres services Occidentaux pour susciter des tensions ethniques en Russie. Sans surprise, depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, la plupart des leaders de ces groupes ont atterri en prison, ou se cachent à l’étranger.

d) Les Catholiques Romains et les Orthodoxes Œcuménistes : ces deux groupes partagent une croyance commune : quelles que soient les différences « mineures » qu’ils ont « pu » avoir dans le passé, la Russie Orthodoxe appartient à l’Occident chrétien, ne serait-ce que parce qu’ils sont tous deux « menacés » par un « ennemi commun ». Ces gens évitent soigneusement de mentionner le fait indéniable que la Russie a toujours choisi l’Asie plutôt que l’Europe et  l’Islam plutôt que la Papauté, ne serait-ce qu’à cause de toutes les guerres de conquête menées par l’Occident contre la Russie. Ce groupe n’a aucune emprise sur le peuple, mais il a des partisans au sein des cercles pro-américains dans les grandes villes.

Individuellement, ces groupes ne sont pas très puissants, à l’exception notable du groupe sioniste. Et ils ne travaillent pas officiellement ensemble. Mais s’il n’y a aucun signe de conspiration, il y a une collusion objective entre ces groupes lorsqu’il s’agit de diaboliser l’Islam dans toutes ses formes, même les plus modérées. Cela signifie donc qu’il y a une minorité de la population russe qui considèrera toujours l’Islam comme une menace, quelle que soit la situation.

La bonne nouvelle est que ces groupes sont contrebalancés par des forces bien plus influentes qui voient en l’Islam un allié naturel potentiel (voire même réel) de la Russie. Ceci sera le sujet du prochain article.

Le Saqr

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