jeudi 20 mars 2014

Sayed Hasan Nasrallah : Pourquoi l'Iran est-il la bête noire d'Israël ?




Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hasan Nasrallah, à l’occasion de la journée d’Al Qods (Jérusalem) – 17 août 2012

Extrait sur l’Iran

Discours de Sayed Hasan Nasrallah consacré à l'Iran et aux raisons de l'animosité d'Israël contre ce pays. Depuis l'avènement de la Révolution Islamique et contrairement aux monarchies du Golfe, l'Iran a toujours maintenu une politique indépendante, anti-américaine et anti-sioniste, tout en devenant une puissance régionale de plus en plus grande malgré les sanctions occidentales. Ce pays est parvenu à dissuader l'Occident et Israël de toute attaque contre ses installations nucléaires civiles grâce à la menace crédible d'une riposte violente. Sayed Hasan Nasrallah invite les pays arabes et musulmans à une alliance sacrée autour de l'Iran, qui a montré l'exemple à suivre - comme le fait aujourd'hui Vladimir Poutine : "Nous sommes dans un monde qui ne respecte que les puissants", conclut Sayed Hasan Nasrallah.

Vidéo complète : http://www.youtube.com/watch?v=8Tx1UjjqGPM (26,00 à 39,08)

Sélection & traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

Sous-titres & vidéo : http://www.centre-zahra.com/





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Au sujet de l’Iran : aujourd’hui, il y a un grand débat en Iran, et naturellement les discours politiques se sont durcis, surtout de la part de Netanyahu, Barak et leurs partisans, comme quoi on va bombarder l’Iran, on ne peut plus attendre ou retarder cette action, le temps est compté et notre marge de manœuvre se réduit, et que sais-je encore. Et bien sûr, quel est leur prétexte ? Le prétexte est le programme nucléaire iranien, dont le monde entier sait que c’est un programme civil et pacifique, et absolument personne n’est en mesure de fournir la moindre preuve indiquant que ce programme serait militaire, car en vérité, il n’est pas militaire. La République Islamique a déclaré de manière claire qu’elle était résolue à maintenir le caractère civil de ce programme. Et Son Eminence l’Imam Khamenei s’est exprimé en toute clarté dans une fatwa à propos du caractère illicite de l’arme nucléaire. 

Israël savent bien qu’ils mentent au monde entier (en prétendant le contraire), de même que les Etats-Unis ont menti au monde entier au sujet des armes de destruction massive en Irak. Israël ment au monde entier. Le problème d’Israël est ailleurs : le problème d’Israël est que l’Iran est un pays islamique puissant, un pays de cette région (le Moyen-Orient) qui a devant lui l’opportunité d’obtenir plus de puissance, plus de développement, plus de progrès et d’innovations dans le domaine de la science, de la technique, de la technologie, et dans tous les autres domaines. Et le problème d’Israël est que cet Iran, un Iran puissant qui a des opportunités prodigieuses de devenir encore plus puissant, malgré tous les complots tramés par le monde à son encontre depuis 30 ans, cet Iran reste attaché moralement et religieusement à la question palestinienne, à Al Qods (Jérusalem) et au peuple palestinien. Et cet attachement de principe, de religion et de foi à la cause d’Al Qods (Jérusalem) et de la Palestine subsiste au-delà des circonstances et des calculs politiques. L’Iran a démontré que cet attachement de principe et de foi est définitif et absolu, durant 32 ans, dans les conditions les plus difficiles, quand il était soumis aux menaces les plus dangereuses, malgré les guerres menées contre lui : ils n’ont pas changé leur position d’un iota, ni même leur rhétorique. (Contrairement à la Ligue Arabe), ils n’ont pas commencé par la résolution de Khartoum (de 1967, appelant à la lutte permanente contre Israël) pour finir avec le projet de paix arabe de 2001 ou 2002, j’ai oublié la date, l’initiative de paix arabe (en 2002). Voilà ce qu’est l’Iran : l’Imam Khomeini, en 1979, a déclaré « Israël doit disparaître de l’existence », et la guerre des 8 ans (contre l’Irak de Saddam Hussein) a été imposée à l’Iran, ainsi que les sanctions, et aujourd’hui les sanctions sont aggravées, l’Iran est soumise au blocus, à l’oppression, à l’isolement, à l’accusation de Safavides et de Mages (accusations de mécréance) par de nombreux gouvernements et élites du monde arabe, l’Iran a subi tout ça et plus encore, et malgré tout cela, l’Imam Khamenei a déclaré hier « Israël est une tumeur cancéreuse, un mal cancéreux qui sera éradiqué de cette région et en disparaîtra complètement. » Même au niveau de la rhétorique, pas une lettre n’a été changée dans la position de la République Islamique d’Iran.

Tel est le problème d’Israël avec l’Iran : c’est que l’Iran se tient aux côtés des peuples de cette région, aux côtés des mouvements de résistance de cette région. Ce n’est pas une position au niveau du discours seulement, ou au niveau de la communication, non : l’Iran aide matériellement les mouvements de résistance de la région en leur fournissant de l’argent, des armes, et en sachant parfaitement ce qui attend quiconque donne des armes à ceux qui combattent Israël. Eh bien, c’est cet Iran qui constitue aujourd’hui pour Israël l’ennemi n° 1. Et en ce jour d’Al Qods (Jérusalem) je veux poser une question aux Arabes en particulier, et aux Musulmans en général : ô mes frères, ô mes frères, lorsque l’Iran devient pour Israël l’ennemi n° 1 dans la région et dans le monde, est-ce que cela ne doit pas signifier quelque chose pour les Arabes et les Musulmans ? Lorsque l’Iran devient pour Israël l’ennemi n° 1 dans la région et dans le monde, cela ne doit-il pas signifier quelque chose pour les peuples arabes et islamiques ? L’ennemi n° 1, l’ennemi véritable, l’ennemi auquel Israël pense nuit et jour, contre qui ils complotent nuit et jour, contre qui ils incitent le monde entier nuit et jour, qu’ils agressent et isolent dans le monde entier.

Même pour la question de l’armement : aujourd’hui, les pays arabes peuvent acheter n’importe quelle arme à la Russie, à la France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, mais pour certains contrats d’armement entre l’Iran et la Russie, comme le S-300, le système de défense anti-aérien, Israël ainsi que l’Amérique, l’Europe et l’Occident entier s’élèvent pour servir Israël et font pression sur Moscou pour annuler le contrat, et ils y sont parvenus. Pourquoi cette insistance à empêcher l’Iran de posséder une arme de défense anti-aérienne, alors qu’il n’y a aucun obstacle à ce que certains régimes et armées arabes possèdent non pas des armes défensives mais bien des armes offensives. Cela ne signifie-t-il rien pour les Arabes et les Musulmans ? Cela ne doit-il pas signifier quelque chose ?

En ce jour d’Al Qods (Jérusalem), le jour de la distinction entre la vérité et l’erreur, si en tant que Musulmans, et en tant qu’Islamiques de manière plus spécifique encore, nous considérons qu’Israël est l’erreur absolue, et que nous voyons que l’Iran est l’antithèse absolue d’Israël, cela ne signifie-t-il pas que l’Iran représente la vérité absolue et que se tenir à ses côtés est un devoir primordial ? N’est-il pas nécessaire que tous ceux qui aujourd’hui sont hostiles à la République Islamique d’Iran, tous ces dirigeants, élites et forces politiques qui complotent contre elles, tous ceux qui écrivent (dans les médias) et diffament l’Iran, doivent prêter attention au fait qu’ils servent le projet sioniste, et qu’ils combattent sur le même front qu’Israël, qu’ils s’en rendent compte ou pas ? Car Israël déclare nuit et jour que son premier et véritable ennemi est l’Iran.

Et c’est pourquoi il y a aujourd’hui un débat en Israël, non pas sur le fait que l’Iran soit l’ennemi n° 1, qu’il représente la menace n° 1, mais sur la manière de se comporter face à l’Iran. J’entre dans la deuxième partie de mon propos sur l’Iran, qui doit également constituer pour nous une leçon, nous les Libanais, les Arabes, les Palestiniens, les peuples arabes et islamiques. Il y a un débat en Israël : frappera-t-on l’Iran ou pas ? Netanyahu et Barak veulent bombarder l’Iran – eux et leurs partisans. Mais ils font face au refus absolument catégorique – presque à l’unanimité, mais pas tout à fait – des généraux de l’armée et des responsables de la sécurité israéliens, actuels et anciens. Il y a presque unanimité chez ceux-là, et ils déclarent qu’il ne faut pas bombarder l’Iran. Bien sûr, le différend n’est pas d’ordre éthique, il ne s’agit pas de croire que les politiques n’ont pas d’éthique et que les militaires en ont. Au contraire, en Israël, les militaires sont ceux qui ont le moins d’éthique. Ce n’est nullement une question de valeurs morales, de lois ou de normes internationales. C’est à cause d’une équation dont débattent les israéliens, et qui est toujours présente chez eux : elle est présente lorsqu’il s’agit du Liban, lorsqu’il s’agit de Gaza et de la Palestine, elle est toujours présente. Et c’est l’équation du coût et du bénéfice. Le bénéfice de l’opération militaire, et le coût de l’opération militaire. C’est une histoire de gains et de pertes, de risques et de profits. Telle est la mentalité israélienne sioniste. C’est toujours comme ça qu’ils font les comptes. C’est pour ça qu’ils avaient l’habitude de mener des guerres contre les Arabes et les pays arabes sans plus de considérations, car le coût était bien moindre que l’immense bénéfice. Ils n’hésitaient pas à faire la guerre. Aujourd’hui, en ce qui concerne l’attaque contre l’Iran, il y a un débat qui porte sur le bénéfice et un différend à ce sujet, et surtout un débat sur le coût. C’est en ces termes que se font les calculs. Quel est le problème ? Bien sûr, au sujet du coût d’une telle opération, je souhaite vous dire que Netanyahu et Barak mentent à leur peuple, ils mentent au peuple de l’entité (sioniste). Lorsqu’eux ou leurs proches – par précaution ils ne le disent pas eux-mêmes) – déclarent que toute cette opération ne causera (en Israël) que de 300 à 500 morts et quelques destructions, les militaires rétorquent « Non, le coût sera des dizaines de milliers de morts ! » Et les militaires sont mieux informés, plus à même d’en juger.

Il y a également un débat au sujet du bénéfice d’une telle opération. Pourquoi y a-t-il un débat à ce sujet ? Si l’Iran était faible, si l’Iran avait des mains d’argile, si l’Iran était lâche – car il se peut qu’on ait des capacités mais qu’on soit peureux, la force n’est pas toujours l’essentiel : il faut la force et le courage de prendre la décision politique – si l’Iran était faible, ou si l’Iran avait des capacités mais qu’il était lâche, Israël n’aurait aucune hésitation, il n’y aurait ni débat ni discussions ni différends en Israël et les installations nucléaires iraniennes auraient été bombardées depuis bien longtemps. Pourquoi n’ont-elles pas été frappées jusqu’à ce jour ? Pourquoi y a-t-il un débat en Israël pour savoir si on bombarde ou pas ? Car l’Iran est puissant et courageux. Et que les Israéliens savent avec certitude, et moi aussi je sais avec certitude, et nous savons tous avec certitude – et mon savoir n’est pas dû à une analyse mais à mes informations concrètes – nous savons tous que la riposte de la République Islamique serait très grande et très violente si Israël les frappait (Public : O mon Dieu, prie sur Muhammad et sur la famille de Muhammad). Et plus encore, Israël offrirait ainsi à l’Iran l’occasion en or dont il rêve depuis 32 ans (Public : Dieu est le plus grand). Et oui, c’est pour cela qu’il y a un débat et des différends en Israël, et qu’ils hésitent. Que personne ne comprenne de mes propos et de mon analyse que j’affirme catégoriquement qu’Israël n’attaquera pas l’Iran, je ne dis pas cela. Mais je suis convaincu qu’Israël redoute énormément les conséquences d’une frappe contre l’Iran, ils ont très peur et sont très préoccupée à ce sujet. Et c’est une chose très importante.

Très bien. Là est donc la leçon. Voilà ce que doit faire tout pays arabe, tout peuple arabe, pour se prémunir du danger israélien, de l’agression israélienne, de la menace israélienne, il y a là une logique claire que personne ne peut nier, même pas le sommet islamique exceptionnel (qui s’est tenu le 16 juillet 2012 au sujet de la guerre en Syrie). Qu’a dit le rapporteur arabe ? « Nous sommes dans un monde qui n’a de respect que pour les puissants. » Génial. Comment pouvons-nous être puissants ? Comment pouvons-nous être puissants ? Par la discorde sectaire et ethnique ? La destruction de nos pays ? Le sabotage de nos nations ? C’est comme ça que nous allons être puissants ? Voilà la leçon : tout pays arabe qui veut se préserver de toute agression et de toute menace doit être puissant. Tout autre discours n’est que poésie, « prose arabe » et film pour le cinéma. Pour quiconque vit dans le monde réel, telle est la réalité.

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