samedi 19 juillet 2014

Hassan Nasrallah : le Hezbollah aurait dû intervenir plus tôt en Syrie


Discours de Sayed Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, le 29 mars 2014 - Sous-titres français

Dans ce discours, Sayed Hassan Nasrallah retrace l'historique du conflit en Syrie : alors qu'initialement, le monde entier était ligué aux côtés des rebelles et déterminé à faire tomber le régime de Bachar al-Assad, la situation a changé face à la résistance de l'armée syrienne et au danger de plus en plus manifeste que représentaient les terroristes pour toute la région et même pour les pays Occidentaux, qui se dirigent maintenant vers une solution politique. L'intervention du Hezbollah a protégé le Liban du terrorisme takfiri, qui menace le monde entier.

Fichier sous-titres : TheKeysToEternity (http://www.youtube.com/user/TheKeysToEternity)

Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr








Retranscription :


Eh bien... La situation a évolué jusqu'à (la bataille de) Qussayr et ce qui s'est ensuivi -– et que tout le monde connaît –, jusqu'à ce qu'il devienne clair que le conflit en Syrie avait atteint un stade, du fait de l'ampleur de l'ingérence internationale et régionale, et de la mobilisation qui a fait affluer en Syrie des dizaines de milliers de combattants du monde entier, le problème, en toute franchise – nous l'avons dit auparavant et je veux le souligner à nouveau –, le problème ne se limitait plus seulement à la région de Sayeda Zeinab ou aux Libanais résidant en territoire syrien. A partir de là, le problème s'étendit à la Résistance elle-même, à l'Axe de la Résistance, à l'avenir de la Résistance et à l'identité politique de la région, à l’avenir qui serait le nôtre – et nous en avons déjà parlé en détail. Si je le répète maintenant, ce n'est pas pour passer le temps, mais bien plutôt pour parler des conséquences et des résultats observés à ce jour. 

Eh bien, actuellement, où en sommes-nous, quelle est la situation ? 

Dès le début, nous avons parlé d'une solution politique. La Ligue Arabe s'est insurgée, souhaitant être l'instance de décision et renverser le régime : elle a rejeté toute solution politique avant la fin du Président Assad et du régime. Eh bien, après trois années, vous avez vu les dernières décisions du Sommet arabe : avions-nous donc besoin de trois ans de guerre, de meurtres, de combats, de destruction, de ruine, de conflits et d'épreuves, afin que les Arabes s'expriment de la manière qui aurait dû être la leur dès le début ? Et pour que les Arabes acceptent ce qu'ils auraient dû accepter depuis le début ? Maintenant (disent-ils), ce qu'il faut, c'est voir comment on peut faire pression sur le régime syrien et sur le Président Bachar el-Assad, (parce que) nous voulons parvenir à une solution politique, et à un véritable dialogue politique, et parce que (la conférence de) Genève II est dans l'impasse.  Il est temps ! 

Mais durant les premiers mois, lorsqu'on vous a informés que le dialogue était possible et que le régime syrien était disposé à mettre en place des réformes radicales et fondamentales, aucun d'entre vous n'était disposé à discuter d'une solution politique ou d'un dialogue politique, à cause du postulat suivant : « Tout est réglé, et dans quelques mois on en aura fini en Syrie et dans la région. » Nous vous disions « solution politique », et vous êtes allés vers la solution armée. Maintenant, vous êtes arrivés à ce à quoi on vous appelait depuis le début. Bien entendu, ce propos s'adresse aux Arabes, à nos opposants au Liban, et à tous les Etats qui continuent à intervenir dans ce conflit.

Nous avons dit dès le début que ce qui se produisait en Syrie allait exposer toute la région au danger du terrorisme et du takfir. Et vous avez rétorqué : « Non, ce n'est pas vrai, ce qui se passe en Syrie est (simplement une volonté de) réformes, de changement, de démocratie et de droits de l'homme. » Et maintenant, quelle est la situation que vous décrivez vous-mêmes ? Oui, vous-mêmes, après trois ans ?... Vous parlez de la Syrie, en particulier du territoire qui est contrôlé par les groupes armés, comme d'une menace pour les Etats de la région, une menace pour les Etats du monde. Aujourd'hui, après trois années pendant lesquelles vous avez financé, armé, incité et poussé aux solutions militaires, bloqué toute solution politique, protégé les groupes armés, vous en êtes venus à établir une liste des organisations terroristes, et vous avez inscrit la plupart de ces groupes armés sur cette liste.  Eh bien, qui reste-il encore ? Indépendamment de notre position vis-à-vis de cette liste, lorsque vous venez dire à propos de la Syrie que l'EIIL, Al-Nosra et les Frères Musulmans, lorsque vous déclarez que ce sont des terroristes, qui reste-t-il encore ? Qui reste-t-il encore ? En toute franchise... 

Eh bien, est-ce qu'il fallait trois ans pour que la région et le monde découvrent que ce qui se passait en Syrie allait conduire à cette situation? Mais bien sûr, certains Libanais ne s'en sont toujours pas rendus compte à ce jour. Jusqu'à présent, ils ne se sont pas rendus compte que ce qui se passe en Syrie est une menace pour le Liban. Franchement les gars, les Américains qui sont à l'autre bout du monde, les Français, les Européens, certains Etats du Golfe, les pays d'Afrique du Nord, tous considèrent la Syrie – le territoire qui est contrôlé par les groupes armés – comme un danger pour leurs Etats et leur sécurité. Et c'est effectivement le cas. Même dans les zones calmes, vers lesquelles il n'y a pas eu d'appels au combat, à la violence, et à la « guerre sainte », cela a commencé, comme en Tunisie.  Et malheureusement, certains au Liban viennent nous dire que non, ce qui se passe en Syrie n'est pas une menace pour le Liban. 

Nous vous l'avons dit dès le début, ce qui se passe en Syrie est allé bien au-delà de revendications pour les réformes et la démocratie, jusqu’à la prédominance du mouvement takfiri armé, qui n'accepte personne à ses côtés, pas même d'autres factions issues de cette même mouvance takfirie, comme on peut le voir (avec les affrontements) entre l'EIIL et Al-Nosra, alors qu'ils appartiennent tous deux à une même pensée, une même mouvance, une même école, une même autorité, un même émir, et un même projet politique, et que la seule différence entre eux réside dans une petite question d'organisation, de hiérarchie, tels qu'il s'en produit dans n'importe quel parti ou organisation, à savoir, est-ce que le chef est untel ou untel. Tout ce conflit repose sur la question de savoir si le chef est Abu Muhammad al-Golani ou Abu Bakr al-Baghdadi. Qui en a payé le prix ? Des milliers de victimes.

Des milliers de victimes, des destructions considérables, des combats acharnés, (seulement) à cause d'un désaccord de hiérarchie, d'organisation. Comment de telles personnes peuvent-elles cohabiter avec tous les Libanais, avec les autres Libanais, avec les autres Syriens, avec les autres Etats et peuples voisins ?

Puisque vos frères, vos bien-aimés, vos alliés – nous le formulons ainsi, pour ne pas dire ‘vos maîtres’ –, puisqu'ils ont maintenant découvert que telle est la réalité de la situation, pourquoi êtes-vous en retard sur eux ? L'entêtement peut être positif, mais pas quand il se manifeste aux dépens du Liban, du destin du Liban et de son avenir.

Depuis un an et demi, le Hezbollah a été constamment exhorté – par certains blocs et partis politiques, et cela nous est répété chaque jour – à se retirer de Syrie. Je ne vais pas recommencer à justifier notre position. Aujourd'hui, c'est moi qui vous interpelle : changez donc votre position. Reconsidérez votre position. Reprenez les choses à la base. Faites une nouvelle lecture (de la situation). Je ne vais pas vous demander de venir combattre à nos cotés en Syrie. Ce n'est pas nécessaire. Non non, ce n'est pas nécessaire.

Et véritablement, il y a des gens, des organisations, des groupes, libanais de différentes confessions et partis, qui nous ont proposé – et c'est peut-être la première fois que j'en parle – de venir combattre à nos côtés en Syrie, et nous avons répondu : « Ce n'est pas la peine. N'assumez pas ce fardeau politique, n'assumez pas ce fardeau social.. Nous l'avons déjà assumé, et nous continuons avec. »

A ceux qui martèlent chaque jour que le problème du Liban est que le Hezbollah est intervenu en Syrie,  je réponds que le problème du Liban, c'est que le Hezbollah a tardé pour intervenir en Syrie, et que le problème du Liban, c’est que vous êtes toujours dans votre position et que vous n'êtes pas allés en Syrie, ou plutôt que ceux d'entre vous qui y sont allés sont intervenus du mauvais côté (avec les terroristes). Aujourd'hui, je ne vous demande pas d'aller en Syrie, ni de combattre à nos côtés, non, mais de reconsidérer votre position sur cette question. 

Jour après jour, la pertinence et la solidité des décisions que nous avons prises se confirment. Et je voudrais également dire, peut-être pour la première fois avec tant de franchise, que si le terrorisme takfiri était victorieux en Syrie, je le dis à tous les Libanais, à tous les mouvements et partis politiques, qu'ils soient du 14 Mars ou du 8 Mars (les deux principales tendances), qu'ils soient du centre, de la droite ou de la gauche, si le terrorisme takfiri triomphe en Syrie, nous serons tous éliminés. Pas seulement le Hezbollah, pas seulement la Résistance, nous serons tous éliminés, nous serons tous éradiqués. Ne voyez-vous pas ce qui se passe à Alep, à Idlib, à Raqqa et à Deir Azzour [Syrie] ? A Fallujah et à Anbar [Irak]? Renseignez-vous... Ne demandez pas aux laïques, demandez aux islamistes, demandez aux partis islamiques de ces régions ce qui leur est arrivé.

Et si les mouvements takfiris sont vaincus en Syrie, je vous le dis, nous resterons tous présents. Si cet Axe triomphe en Syrie, tous les Libanais seront préservés.

Cet Axe ne recherche pas la vengeance, il recherche la paix, il recherche la coexistence, il recherche la force. Il ne recherche pas la vengeance. 

Il y a là des grands choix à faire pour notre pays. C'est à nous tous de choisir.


Contact : 7asan.saleh [at] gmail.com

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire