dimanche 23 avril 2017

Hassan Nasrallah : l'expérience acquise en Syrie permettra de libérer la Palestine

Interview du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 19 août 2016



Transcription :

Journaliste : [Israël] qui a un allié tel que Daech, des criminels tels que Daech, ils doivent être à l'aise, Sayed.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Mais il ne sont certainement pas tranquilles, en tout cas, eux, les Israéliens, parient (plaçent leurs espoirs) sur Daech, et sur tout ce projet takfiri dans la région... mais en tout cas, ils savent bien, les Israéliens, les Américains, et tous ceux qui utilisent les takfiris, qu'il s'agit d'un projet sans avenir.

Je vous le dis, et je rassure aussi tout le monde à travers cette interview. Ce projet n'a aucun avenir. C'est-à-dire... Qu'est-ce que c'est donc ? Considérons par exemple que Daech vienne maintenant présenter son Etat aux gens. Ou le Front al-Nosra, qui a la même idéologie, les mêmes livres, les mêmes fatwas, n'est-ce-pas ? Lorsqu'elle vient présenter son Etat.

Déjà, qu'ont-ils à faire des non-sunnites ? Les chiites ne peuvent pas vivre dans l'Etat de Daech, ni les Chrétiens, ni les autres confessions. Très bien, ça marche. Les sunnites peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ? Les sunnites ?! Ceux qui se proclament les gens de la sunna et du consensus, comme prétend l'être Daech. Et Daech prétend que les autres sunnites (qui n'embrassent pas Daech) sont des mécréants. (Les sunnites) peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ?

Voici leur pratique : couper les têtes, exécuter pour les raisons les plus triviales... De base, ce n'est pas là la religion de Dieu, il est impossible que ce soit là la religion de Dieu, et il n'est pas possible que ce soit la religion (du Prophète) Muhammad b. Abdillah, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qui a été envoyé comme une Miséricorde pour les mondes. Ce n'est pas possible, c'est absolument impossible. De base, aucun homme ayant une nature humaine, un minimum d'aspiration à la liberté, à l'espace, à un peu de dignité, ne peut vivre au sein de l'Etat de Daech.

Eh bien, quel est donc l'avenir de ce projet ? Tuer, tuer, tuer, tuer... A la fin, les tueries doivent s'arrêter. Certes, une grande catastrophe a été lancée, et la Communauté islamique paie actuellement un prix énorme...

Journaliste : Excusez-moi un instant, Sayed...

Sayed Hassan Nasrallah : Je vous en prie.

Journaliste : Il est certain qu'il n'a aucun avenir, car même ceux qui l'ont créé savent qu'il n'a aucun avenir. Mais peut-être ont-ils voulu drainer la Résistance pour plusieurs années...

Sayed Hassan Nasrallah : Bien sûr.

Journaliste : ... et tout particulièrement le Hezbollah. C'est pourquoi certains disent que le Hezb s'est noyé ou a été noyé dans la lutte contre nébuleuse Daech, la question sunnite-chiite, etc. Voilà le jeu auquel jouent : d'abord Israël est tranquille, et après s'être reposé, il se jettera sur la Résistance, cet (ennemi) sioniste.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Non... Regardez, sur cette question, le sortilège se retourne contre le sorcier, si Dieu le veut. Le sortilège se retourne contre le sorcier. C'est-à-dire actuellement, par exemple, regardez le discours israélien : premièrement, qu'il s'agisse d'Israël ou de tous les autres (à ses côtés), ils exagèrent beaucoup lorsqu'ils parlent du nombre de nos martyrs en Syrie. Il y a des exagérations vraiment comiques.

Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Pardon ?
 
Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Volontaires, oui. Eh bien, à un moment, ils ont dit que le Hezbollah, on va le drainer, le noyer, le tuer, etc., etc., en Syrie. Eh bien, maintenant, que dit Israël ? En conséquence, il dit que le Hezbollah gagne des expériences qu'il n'avait jamais eues depuis sa fondation à ce jour, il les a gagnées. La chose la plus importante qui inquiète beaucoup Israël, quelle est-elle ?

Ce n'est pas l'expérience défensive et la guerre défensive, car depuis 1982 aux années 2000, jusqu'en 2006, le Hezbollah était dans un mouvement défensif. Même ses tactiques étaient des tactiques défensives. Nous n'avons pas attaqué des colonies, ni ne sommes entrés en territoire palestinien, rien de tel. Avant 2000, nous attaquions des positions [israéliennes au Liban]. Même le fait d'attaquer telle ou telle position, même s'il s'agissait d'opérations offensives en apparence, elles avaient lieu dans un cadre défensif.

Eh bien, lorsque le Hezbollah vient dans la bataille en Syrie, et combat comme une formation très grande, et avec des armements très divers, ou en tant que partie d'une très grande formation aux armements divers, et qu'il participe à des opérations offensives très grandes et très étendues, et qu'il fasse sortir les hommes armés, qui ne sont pas des combattants normaux, surtout les étrangers, des combattants d'un tel niveau (d'engagement), lorsqu'il les fait sortir d'aires géographiques très vastes, cela veut dire que le Hezbollah gagne une expérience offensive, une vaste expérience de libération de territoire à travers des opérations militaires continues et directes, et non à travers la guerre de guérilla. Et cette expérience n'était pas présente au Hezbollah avant la guerre en Syrie. 

C'est là qu'Israël est apeuré et terrifié. Car ce que fait le Hezbollah en Syrie, si une guerre advient contre lui, il le fera en Galilée. Ce qui signifie que la promesse de la Galilée, qui est bien sûr une promesse conditionnelle, car certains disent que c'est une promesse absolue, (non), c'est une promesse conditionnelle. J'ai dit "Le jour viendra peut-être où la direction de la Résistance vous demandera d'entrer en Galilée." Et ce jour viendra peut-être. Et la Résistance le demandera peut-être. Je ne change aucune lettre dans ma déclaration.

Eh bien, si, à Dieu ne plaise, une guerre avait lieu, et que la direction du Hezbollah prenait la décision d'entrer en Galilée, il s'agit de soldats qui ne se seront pas seulement entraînés à ce genre de guerre, ils auront pratiqué cette guerre durant des années...

Journaliste : Face à toutes les nationalités...

Sayed Hassan Nasrallah : ... et il aura des cadres. Peut-être qu'à tout le moins le soldat, celui qui a conçu cette stratégie (lancer Daech contre la Résistance), se dit maintenant "Si seulement nous n'avions pas monté cette histoire du début à la fin." Car vous savez, Mme Kawthat, dans cette histoire, à l'entraînement, on peut s'exercer autant qu'on veut, et lorsqu'on fait des manoeuvres, même massives, avec des armes lourdes, tirs d'artillerie, et des attaques de régiments, de brigades et de bataillons, le résultat est un résultat d'entrainement. Mais pour ce qui est des forces qui vont participer aux combats, des combats réels, avec des martyrs, des blessés, des souffrances, des dangers, des bombardements réels et une libération de territoire réelle, cette expérience n'est pas seulement une expérience. La volonté, la détermination, la confiance, briser les obstacles psychologiques, le prestige, le niveau de courage... 

C'est pourquoi l'épreuve syrienne, si nous sommes arrivés, avec la permission de Dieu, à une conclusion raisonnable et convenable en Syrie, comment le Hezbollah sortira-t-il de cette bataille ? Il sortira... S'il est sorti de la guerre de juillet (2006) comme une puissance régionale, il sortira de cette guerre comme une puissance militaire véritable représentant une force de libération de territoire non pas (seulement) dans la guerre de guérilla, mais même dans une guerre qui ressemble bien plus aux guerres classiques (entre nations).

Sur ce point, non, Israël est bel et bien effrayé, et non pas rassuré. En apparence, il est heureux pour le regard des autres, mais il est effrayé quant aux conséquences de cette situation, dont on ne sait pas si elles seront dans l'intérêt des Etats-Unis.

Journaliste : Tous leurs calculs étaient erronés.

Sayed Hassan Nasrallah : Oui.

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