mardi 18 juillet 2017

Hassan Nasrallah sur la libération de Mossoul : l'Irak héroïque, rôle cosmétique des USA

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 11 juillet 2017, après la libération de Mossoul

Source : https://www.mediarelations-lb.org/article.php?id=14699&cid=94

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


Transcription : 

[...] Eh bien, qu'ont donc fait les Irakiens ? C'est cela que je veux vraiment décrire, je n'apporte rien de nouveau mais je veux le décrire, pour les Irakiens eux-mêmes pour qu'ils s'y accrochent davantage, et pour le reste des peuples de la région afin qu'on en tire les leçons, et afin qu'on ajoute cette expérience au reste des expériences qui ont été menées au Liban, en Syrie, en Palestine, au Yémen et ailleurs dans ces batailles.

Premièrement, les Irakiens ont résolu d'eux-mêmes leur choix, et ils ont pris la décision de faire face, de façonner leur destin et leur avenir par la lutte et par leurs propres mains. C'était là la première chose. Et par conséquent, pardon, ils n'ont pas attendu, ni l'Union des pays arabes, ni la réunion des Ministres des Affaires Etrangères arabes, ni les Rois et les Présidents des pays arabes, ni l'Organisation de la Coopération Islamique qui s'appelle maintenant Organisation de l'Entraide Islamique, ni la Communauté Internationale, ni l'Europe, ni l'Amérique, ni quiconque. Ca y est, ils ont compté sur (eux-mêmes)... Ils placé leur confiance en Dieu, et ils ont compté sur leur volonté, sur leurs hommes et leurs femmes, sur leur sang, sur leur djihad et leurs sacrifices. Bien sûr, il s'agit d'une leçon fondamentale quant à ce qui s'est passé en Irak depuis 3 ans jusqu'à ce jour, et de ce qui se passe actuellement.

Deuxièmement, ils se sont unis derrière ce choix patriotique : la Présidence, les Ministres, l'Assemblée, le gouvernement, les mouvements, les partis, les forces politiques, dans la diversité de leurs appartenances raciales et religieuses. Et comme je l'ai déjà dit à plusieurs occasions, il faut ici souligner que nombre de grands savants chez nos frères sunnites en Irak, ainsi que les dirigeants politiques sunnites, ont eu une position toute particulière et exceptionnelle. Pourquoi ? Tout simplement parce que certains ont œuvré, dès les premiers instants de l'attaque de Daech contre les Irakiens, à présenter le combat comme opposant les sunnites aux chiites, ce qui est vraiment dommage - et ce sont là les mêmes gouvernements, les mêmes Etats, les mêmes chaînes TV satellites, les mêmes personnalités, tout comme ils ont essayé de le faire en Syrie, au Liban, et comme ils ont présenté la guerre contre le Yémen, comme l'a déclaré leur orateur à la Mosquée Sacrée (La Mecque), comme quoi c'est une guerre entre les sunnites et les chiites.

Ce qui a contrecarré cette sédition, l'a éteinte et lui a obstrué la voie est la prise de position sincère, véridique et courageuse des savants et des dirigeants politiques sunnites en Irak, qui ont donné à cette bataille sa véritable dimension, disant bien que ce n'était pas une lutte sunnites-chiites mais la bataille des Irakiens contre les assassins, les criminels et les takfiris qui s'en prenaient à tous, menaçaient tout le monde, et versaient le sang de tous (sans distinction).

Ainsi, l'unité, en deuxième point, autour de ce choix, et troisièmement, l'entrée (massive) de tous sur le champ de bataille. Et c'est pourquoi les forces armées irakiennes, dans la diversité de leurs noms et de leurs intitulés, incluent tous les Irakiens, tous les fils du peuple irakien noble, grand et combattant, de même que pour (les forces de) la mobilisation populaire, auquel appartiennent naturellement davantage de chiites du fait de la composante démographique de l'Irak mais c'est une mobilisation patriote et populaire à laquelle ont participé de nombreuses appartenances différentes. Cette présence massive de l'ensemble des composantes du peuple irakien sur le terrain, les clans qui ont combattu aux côtés des forces armées irakiennes nationales, etc., etc., ce n'est pas simplement une prise de position politique, des paroles ou des discours, mais une présence (très) forte sur le terrain, une participation de tous (les Irakiens) sur le terrain.

Quatrièmement, le terrain (lui-même). La persévérance sur le terrain, le courage, les actes d’héroïsme, surtout dans les premiers moments, car la situation logistique était difficile avec des manques drastiques, et la surprise (de l'attaque de Daech) était très grande, malgré les grands problèmes, malgré les conditions météo très dures, malgré la géographie et la localisation de l'Irak, malgré le fait que les ennemis était fin prêts et que les amis ne l'étaient pas, il y eut des actes d’héroïsme et des sacrifices énormes. 

L'endurance, les sacrifices, les dizaines de milliers de (combattants) toujours prêts (à défendre l'Irak) sur le terrain, qui n'ont pas abandonné les champs de bataille, des milliers de martyrs, des milliers de blessés, leurs familles, leur patience, leur sincérité, leur honnêteté. Le fait que le peuple irakien ait supporté et enduré cette confrontation très vaste et totale à tous les niveaux, psychologique, moral, économique, sécuritaire... Car la lutte ne se déroulait pas seulement sur les champs de bataille, mais se déroulait dans toutes les villes, tous les villages irakiens que ciblaient les kamikazes et les voitures piégées. Le fait que le peuple entier ait embrassé et rejoint les forces armées, les batailles, le djihad, le combat, l'extension permanente des  lignes de front, cette endurance et cette patience durant les 3 années de ces combats sanglants et des plaies béantes, étaient également un facteur (très) important (pour la victoire).

Et le dernier facteur (il y en a encore d'autres mais je fais au plus synthétique) est le fait de ne pas s'en être remis à l'étranger (les pays occidentaux et leurs alliés). C'est un point très important, dont tous les peuples de la région doivent bénéficier (tirer les leçons) qui font faces aux menaces et aux dangers. Le fait de ne pas avoir écouté l'étranger.

Cet étranger dont le rôle, depuis le début et jusqu'à présent, de refroidir le courage et l'ardeur, de dire aux Irakiens qu'ils ne parviendront pas à faire face à Daech car Daech est tel, tel et tel (invincible, monstrueux, etc.), de susciter les conflits, les séditions, les sensibilités, les différends entre les Irakiens au moment où ils avaient plus besoin que jamais d'unité, à maintenir les rangs dans la lutte contre cet ennemi terroriste, cet étranger qui les appelait à la reddition, qui (faisait tout pour) paralyser leur volonté et leur détermination, les Irakiens ne l'ont pas écouté et suivi, ils n'ont écouté ni les gouvernements, ni les Etats, ni les chaines TV satellite, ces chaines TV qui continuent jusqu'à présent à soutenir Daech, de manière indirecte.

Et de même, le fait de ne pas compter sur l'étranger, de ne pas l'écouter et de ne pas compter sur lui. Ils n'ont pas compté sur l'étranger. Ils n'ont attendu personne. Ils ont commencé (la lutte) par eux-mêmes, ils ont persévéré et vaincu, et ils continuent. 

Ici, je veux rappeler un point très sensible et très important, qui mérite qu'on s'y arrête posément. Au début, les Etats-Unis, eux et l'OTAN, sont restés à regarder le peuple irakien, l'armée irakienne, les (forces de) mobilisation populaire et les Irakiens (en général) alors qu'ils combattaient, parfois à mains nues (avec un équipement très insuffisant). Eh donc les Américains se sont finalement mis à dire qu'ils voulaient aider, agir, et bien sûr ils ont beaucoup tardé avant de faire le moindre pas, et ils ont également dit que l'élimination de Daech nécessiterait... Certains ont dit... Bien sûr, on parle de Présidents, de Ministres de la Défense, des chefs de la CIA, ils ont dit que (vaincre Daech) prendrait 30 ans, cette bataille contre Daech en Irak et en Syrie prendrait 30 ans, puis certains ont fait des réductions et ont annoncé 25 ans, certains sont descendus à 20 (ans), et en dernier lieu ils ont dit 15 (ans). Mais les responsables américains les plus optimistes ont dit 10 ans. Et il faut bien savoir qu'en vérité, ceux qui savaient (ce qu'étaient) Daech, ses capacités et ses effectifs savaient qu'avec la présence d'une volonté internationale et régionale, et d'une volonté nationale en Irak, en Syrie et dans la région, il ne faudrait pas des années pour (vaincre) Daech, si tous les efforts se conjuguaient et étaient sincères.

Mais lorsque les Américains ont parlé de 10 ans pour le moins, et 30 ans pour le plus, cela signifie qu'il y avait une vision, un projet, une pensée visant à investir dans Daech, à en profiter et à l'utiliser pour réaliser des projets et des objectifs précis qui, en toute certitude, ne sont pas dans les intérêts du peuple irakien, syrien, palestinien ou des peuples de la région, mais dans l'intérêt de l"hégémonie américaine et dans l'intérêt d'Israël.

C'est pourquoi on pourrait dire, car comme je l'ai dit cela mérite de s'y arrêter et d'y réfléchir, qu'en fin de compte, dans les dernières batailles, dernièrement, les Etats-Unis sont venus et ont apporté une certaine aide (à la lutte contre Daech). Mais qu'est-ce qu'il y a derrière cette aide ? Quand a-t-elle commencé ? Quelle est son ampleur ? Il faut s'y arrêter (et y réfléchir), car certains pourront nous dire « Mais pourquoi n'êtes-vous pas honnêtes ? Pourquoi ne parlez-vous pas de l'aide apportée par les Etats-Unis ? » Il y a actuellement des chaines TV arabes qui veulent présenter ce qui s'est passé à Mossoul comme un succès américain, une victoire américaine. Et c'est bien sûr un mensonge, une imposture, une confiscation (de la victoire due aux) efforts et aux sacrifices des Irakiens eux-mêmes.

En vérité, c'est là que nous disons qu'il faut se pencher sur la question. C'est-à-dire que par exemple, quand on revient aux discours de [Donald] Trump que j'ai évoqués à plus d'une occasion, dans lesquels il a accusé, avec des accusations véridiques - et il y a aussi des aveux d'autres responsables américains - que l'administration d'Obama et Madame [Hillary] Clinton lorsqu'elle était Secrétaire d'Etat sont ceux qui ont créé et fondé Daech, ont soutenu Daech, ont permis aux alliés régionaux de financer Daech, ont ouvert les frontières à Daech, ont vendu le pétrole daechiste à plus d'une frontière : la frontière turque, la frontière jordanienne et d'autres encore. Donc ce qui s'est passé (les dégâts causés par Daech), les Etats-Unis en sont les principaux responsables.

Eh bien, ensuite, pourquoi les Etats-Unis sont venus apporter leur aide ? Ont-ils découvert que ce choix avait échoué ? Que Daech, comme on dit en Libanais, les avait mis au pied du mur ? Etc., etc., etc.

Ils ont donc retourné leur veste et ont abandonné leur création, leur allié et leur instrument, car la base pour les Américains, ce n'est pas les valeurs, la morale ou les principes, mais bien les grands intérêts, car ils voulaient être associés à la victoire dont les signes avant-coureurs commençaient à apparaitre chez les soldats Irakiens, dans leur sang, leurs sacrifices, leur endurance et leur persévérance. Cela nécessite bien sûr qu'on s'y arrête posément et qu'on y réfléchisse, quoi qu'il en soit. [...]

samedi 15 juillet 2017

Hassan Nasrallah : Sistani et Khamenei ont joué un rôle décisif dans la libération de Mossoul

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 11 juillet 2017, après la libération de Mossoul

Source : https://www.mediarelations-lb.org/article.php?id=14699&cid=94


Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


Transcription : 

[…] Ce qui s’est produit en Irak et à Mossoul ne touche pas seulement à l’avenir de l’Irak et du peuple irakien, mais concerne en profondeur et avec force l’avenir des peuples et des pays de la région, et l’avenir de la Communauté (islamique) dans son ensemble.

Nous commençons donc par le premier point. Il ne fait aucun doute que la victoire proclamée hier (le 10/07) par le chef du gouvernement irakien et Commandant en chef des forces armées irakiennes, le Dr Haydar al-Ibadi, dans la ville de Mossoul, entouré des responsables militaires et sécuritaires, est une victoire très grande et très importante, cela ne fait aucun doute. Maintenant, même si certains veulent amoindrir son importance, son ampleur, son caractère majeur, il ne fait aucun doute que c’est une victoire très grande et très importante, qui vient dans un contexte de progression et de cumul : un certain nombre de victoires se sont cumulées et ont mené à cette victoire en particulier dans la ville de Mossoul, avec la particularité et l’importance qu’a Mossoul.

Elle vient dans un contexte de progression et de cumul de victoires des Irakiens contre Daech et le terrorisme, à Diyala, Salah-el-Din, Anbar et d’autres provinces irakiennes, ce qui nous ramène aux premiers jours, dont nous allons parler un peu en résumé pour en tirer les leçons, les premiers jours des affrontements très violents et âpres qui se sont produits entre les Irakiens et les forces irakiennes d’un côté et Daech (de l’autre), et la progression très large et très rapide de Daech qui s’est emparé de plusieurs provinces irakiennes jusqu’à parvenir aux abords de la capitale Bagdad. Il y a 3 ans, on se rappelle tous ce déferlement très large, très rapide et très violent.

Il ne fait aucun doute que l’affliction était très grande pour les Irakiens, qui se sont retrouvés face à une sédition dans laquelle l’adulte perd ses forces, le jeune voit ses cheveux blanchir et le croyant oeuvre ardument de toutes ses forces jusqu’à ce qu’il rencontre son Seigneur (Sermon de l’Imam Ali). Il y eut un état de confusion et d’étourdissement généralisés, et un sentiment d’impuissance, de paralysie et de désespoir très répandu. L’ampleur de ce qui s’est produit était vraiment colossale, bien trop grande pour qu’on puisse s’en remettre facilement.

La fatwa de l’autorité religieuse (chiite) a été publiée rapidement dans la Sainte ville de Najaf (où se trouve le tombeau de l’Imam Ali), la fatwa de Son Eminence le Grand Ayatollah Marja’ religieux, Sayed Ali Sistani (première autorité religieuse du monde chiite, dans lequel un Marja’ est un exemple et comme un représentant du Prophète), Dieu le préserve, rendant la défense et le djihad obligatoires (mobilisation générale jusqu’à la victoire) à tout individu pouvant porter les armes et combattre, et rendant obligatoire de faire face à Daech avec toute la force (requise). Et il a stipulé que cette responsabilité s’étendait à tous, et que celui qui était tué dans cette défense, dans cette bataille et dans cette confrontation serait un martyr dans la voie de Dieu le Très-Haut et l’Exalté.

C’est de là qu’il faut commencer notre propos, car la fatwa des autorités religieuses (chiites) et leur appel historique à ce moment lancé à tous les Irakiens est la pierre angulaire et le point de départ décisif de cette belle conclusion et de cette grande victoire. Ce point tournant, cette entrée, cette porte, cette source (constituent le facteur décisif).

Eh bien, pourquoi... Certains (nous) disent peut-être que nous essayons de donner à cette fatwa et à cette prise de position de l’autorité religieuse (Marja’iya) cette importance énorme et capitale. Cette fatwa et cette prise de position historique, qu’ont-elles entraîné ?

Premièrement, elles ont sorti les Irakiens et tout le monde de la confusion, de l’étourdissement, de la paralysie. (Avant cette fatwa, ils ne savaient pas) quoi faire, comment réagir. Combattre, ne pas combattre ? Quelle était la bonne attitude, la position juste (du point de vue religieux) ? Car en fin de compte, on parle de combat, d’épanchement de sang, de tuer et d’être tué (donc on ne peut pas agir à la légère). De manière certaine, la fatwa a tranché cette question de manière décisive et a mis fin à la confusion et à la paralysie en ce qui concerne la prise de position (juste), leur disant qu’il ont le devoir et l’obligation de combattre, de défendre, de faire face. Cela a tranché (la question) de manière décisive. Voyez donc, (ce n’est que) quelques phrases courtes, et quel a été leur impact historique.

Deuxièmement, elle a clairement identifié l’ennemi, de manière décisive : l’ennemi est Daech, qui s’appelait au début l’Etat Islamique en Irak et au Levant, au sujet duquel certains ont été dupes et ont cru que c’était un mouvement islamique ou une révolution islamique. Certains milieux ont accueili Daech chaleureusement et l’ont considéré comme partie prenante du Printemps arabe et des révolutions populaires, et ils l’ont acclamé, applaudi, soutenu et assisté. (Mais) la fatwa de l’autorité religieuse (Marja’iya) est venue déclarer que c’était lui l’ennemi qu’il fallait combattre, et que le djihad contre lui était un djihad sur la voie de Dieu, et que celui qui était tué dans ce combat serait un martyr dans la voie de Dieu le Très-Haut et l’Exalté. (Cette fatwa) a donc déterminé l’identité de l’ennemi et de la menace qu’il fallait confronter.

Et troisièmement, elle a fait porter la responsabilité à tous. La fatwa ou l’appel historique de l’autorité religieuse (Marja’iya) ne s’est pas adressée seulement aux chiites. Elle s’est adressée à tous les fils du peuple irakien, à l’ensemble du peuple irakien, dans la diversité de ses appartenances : religieuse, doctrinale, sectaire, raciale, car cette fatwa, bien que sa nature soit religieuse et jurisprudentielle, elle exprime en profondeur la vérité de la prise de position humanitaire, morale et patriote qui s’impose à absolument tout citoyen du peuple irakien. Et c’est pourquoi la responsabilité reposait sur tous et l’appel était lancé à tous.

Et quatrièmement, la fatwa a élevé le plafond de la confrontation avec cette menace et elle a tranché l’aspect de cette confrontation, loin de toute paralysie, de tout échange ou négociation, de tout calcul, de tout temps de débat et de toute recherche de solutions ici et là. Et cette fatwa bénie et majeure est parvenue à réveiller le peuple irakien avec une vitesse fulgurante, et elle l’a sorti de son état de confusion, de paralysie, de détresse et de désespoir. Et la réponse populaire et officielle (à cette fatwa) fut massive.

Cette fatwa a donné un très fort élan et un énorme esprit d’enthousiasme aux officiers et aux membres des forces de sécurité irakiennes, dans toutes ses composantes et dénominations. Et cette fatwa et cet appel ont poussé des centaines de milliers d’Irakiens, jeunes et moins jeunes, à rejoindre les lignes de front et à s’engager volontairement, ce qui a mené à la fondation de(s forces de) la mobilisation populaire (Hachd Cha’bi) irakiennes bénies qui se sont formées dès le début comme la véritable force de l’Irak et le sont toujours, aux côtés des forces armées irakiennes dont elles sont devenues une partie.

C’est pourquoi lorsque nous parlons aujourd’hui de la victoire de Mossoul, et des victoires précédant cette victoire, nous devons commencer de là, de la fatwa de l’autorité religieuse (Marja’iya) et de son appel historique, comme le font tous les dirigeants irakiens dans leurs déclarations et discours, et comme doit le faire toute personne honnête dans le monde s’il considère la situation en Irak ou essaie de la comprendre, de l’analyser ou de la présenter aux gens.

Eh bien, après l’émission de cette fatwa, comme nous l’avons dit, on a assisté à une réponse massive.

Premièrement, de la part du gouvernement irakien de l’époque, qui était dirigé par M. Nouri al-Maliki, et cette réaction a perduré avec force avec le gouvernement qui a été formé ensuite sous la direction du Dr Haydar al-Ibadi. Et toutes les instances dirigeantes ont réagi de cette manière : religieuses, politiques, partis, mouvements et orientations dans leur diversité. Et cette fatwa a reçu un large soutien des autres autorités religieuses en Irak, en Iran et ailleurs dans le monde. Et au sein de l’Irak également, elle a reçu un large soutien des savants sunnites comme des savants chiites. C’est un point très important sur lequel je vais revenir au cours de mon propos. La réaction populaire fut très vive, massive et vraiment bénie.

De même, la position décisive – nous devons nous efforcer d’être factuels et réalistes, nous ne voulons exagérer en rien, mais il faut être justes et impartiaux –, la position décisive est venue de la part de la République Islamique d’Iran, et à sa tête Son Eminence le Guide et Imam Sayed Khamenei, Dieu le préserve, aux côtés des (autres) autorités religieuses, et aux côtés du gouvernement irakien et du peuple irakien, ainsi que la rapidité d’action des hauts dirigeants des Gardiens de la Révolution Islamique par leur présence à Bagdad, et leur disposition permanente et absolue à fournir toute aide ou soutien de la part de la République Islamique.

Tout cela s’est produit, mais le plus important reste la réaction populaire, la présence du peuple (irakien), les familles honorables, les clans de toutes les régions, de toutes les appartenances, ceux qui ont défendu (leur pays) par la prunelle de leurs yeux (leurs enfants en première ligne) les épouses, les enfants, les frères, les jeunes, les bien-aimés (des combattants). C’est là que réside la véritable force, la véritable valeur.

Lorsque cet appel, cette fatwa, cette prise de position trouvent des gens pour y répondre, pour prendre les armes et s’élancer vers les lignes de front, c’est là la force véritable et fondamentale qui a causé ce revirement (le reflux de Daech) et a permis à cette prise de position de prendre corps aux niveaux de l’humain, du moral, de l’éthique, de la patrie et de l’histoire, et par conséquent de façonner ces victoires.

Tout cela s’est produit dans un contexte régional et international au sujet duquel on peut dire au minimum qu’il y avait un abandon régional et international de l’Irak, de son gouvernement et de son peuple, au minimum, et à un niveau plus élevé, plus médian, il faut parler du complot et de la complicité de certaines grandes puissances mondiales et de certaines puissances régionales qui ont joué le rôle de facilitateurs, de fondateurs de Daech, qui l’ont soutenu, financé et lui ont accordé toutes les facilités pour qu’il s’empare de la Syrie et entre en Irak, et ils l’ont accompagné dans sa bataille contre les Irakiens durant les dernières années. […] 

[Suite : l'Irak héroïque, rôle cosmétique des USA]

vendredi 14 juillet 2017

Vladimir Poutine : « Je ne suis pas votre ami, je suis le Président de la Russie »



Interview de Vladimir Poutine par le journal allemand « Bild », le 5 janvier 2016



Transcription :

Journaliste : Il y a une théorie selon laquelle il y aurait deux Poutine. Le premier était le jeune M. Poutine d’avant 2007, qui a exprimé sa solidarité avec les Etats-Unis et qui était l'ami du chancelier Schröder. Et puis, après 2007, un autre Poutine est apparu. En 2000, vous avez déclaré : « Nous ne devrions pas avoir de confrontations en Europe, nous devrions tout faire pour les surmonter.» Et maintenant, nous nous retrouvons dans une telle confrontation [en Crimée, etc.].

Puis-je vous poser une question directe? Quand allons-nous retrouver le premier M. Poutine ?

Vladimir Poutine : Je n'ai jamais changé. Tout d'abord, je me sens encore jeune aujourd'hui. J'étais et je continue d'être l'ami de M. Schroeder. Rien n'a changé.

Mon attitude à l'égard de questions telles que la lutte contre le terrorisme n'a pas non plus changé. C'est vrai, le 11 septembre, j'ai été le premier à appeler le Président Bush et à exprimer ma solidarité. En effet, nous étions prêts à tout faire pour combattre le terrorisme ensemble. Il n'y a pas si longtemps, après les attentats terroristes de Paris, j'ai appelé puis rencontré le Président de la France.

Si on avait écouté Gerhard Schroeder, Jacques Chirac, et moi-même, il es probable qu’il n'y aurait eu aucune des attaques terroristes récentes à Paris, car il n'y aurait pas eu de poussée de terrorisme en Irak, en Libye ou dans d'autres pays au Moyen-Orient. […]

Vous m'avez demandé si j'étais un ami ou pas. Les relations entre les États sont un peu différentes de celles entre les individus. Je ne suis ni un ami, ni une mariée ou un marié. Je suis le Président de la Fédération de Russie. C'est 146 millions de personnes ! Ces personnes ont leurs propres intérêts, et je dois protéger ces intérêts. Nous sommes prêts à le faire de manière non conflictuelle, à rechercher un compromis, mais bien sûr, en fonction du droit international, qui doit être compris uniformément par tous.

dimanche 2 juillet 2017

Hassan Nasrallah : l'Arabie Saoudite veut vendre la Palestine à Donald Trump (3/3)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 23 juin 2017, à l’occasion de la Journée Internationale d’Al-Quds (Jérusalem)

Cette journée a été instituée par l’Imam Khomeini en 1979 pour réaffirmer l’attachement de la communauté musulmane à la cause palestinienne et aux lieux saints d’Al-Quds, et elle est célébrée le dernier vendredi du mois de Ramadan.





Transcription :




[...] Sixièmement, les régimes qui complotent contre l’Axe de la Résistance doivent savoir qu’ils ne l’emporteront pas dans cette bataille. Ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent mais ils ne remporteront pas cette bataille. Ourdissez vos complots, usez de tous vos stratagèmes, déployez tous vos efforts [paroles de Zeynab b. ‘Ali au tyran Yazid après le martyre de l’Imam Hussein], faites tout ce que vous voulez, vous ne parviendrez jamais à l’emporter dans cette bataille.

S’ils voulaient l’emporter, s’ils voulaient mettre fin à la guerre et être victorieux, il fallait le faire il y a six ans, il y a trois ans, mais maintenant, c’est terminé, (ils n’ont plus) aucune chance. Mais pour l’avenir, pour tout ce que vous ferez, oui, ça versera davantage de sang, causera davantage de martyrs et de destructions, mais vous ne parviendrez pas à réaliser ces objectifs néfastes et de mauvais augure que vous vous efforcez d’atteindre.

De même, avec la même franchise que je vous ai promise, je me dois de dire ceci au sujet de la situation politique régionale arabo-musulmane actuelle : celui qui constitue le fer de lance de la guerre contre l’Axe de la Résistance, qui complote contre lui, sur les plans médiatique, culturel, idéologique, sécuritaire, politique, militaire et matériel, et œuvre jour et nuit (contre lui), ceux qui – je dis « celui qui..., celui qui... » et ensuite, je vais le nommer –, celui qui offre maintenant des récompenses à Israël sans que ça lui coûte le moindre effort (la moindre concession), celui qui ouvre actuellement grand les portes à Israël dans le monde islamique pour établir des relations, les normaliser, (établir des échanges) économiques et de coopération, c’est le régime saoudien. Pourquoi se cacher derrière nos doigts (faire l’autruche et nier l’évidence) ? Pourquoi ?

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, par son statut régional, sa position privilégiée dans le monde arabo-musulman, après que tous (les pays) se soient affaiblis, aient été déchiquetés, dispersés et affamés, du fait de la position qu’elle représente, de ses ressources monétaires, de son influence, au nom des deux Nobles Lieux Saints (La Mecque et Médine) et au nom de la religion, (l’Arabie Saoudite) fait tout cela. N’est-ce pas là la vérité ?

Et c’est pourquoi... C’est pourquoi la Communauté islamique, les savants, les partis, les forces, les gens, les responsables... (je ne parle pas seulement du point de vue libanais, mais au niveau de tout le monde arabo-musulman) doivent connaître et reconnaître cette vérité et y faire face. Et ce régime (saoudien) doit savoir qu’il est condamné dans cette Communauté islamique, nous ne devons pas les applaudir, les caresser dans le sens du poil et les féliciter. Car il s’apprête à vendre la Palestine. Il s’apprête à vendre toute la région à Trump, il ne s’agit pas de lui donner seulement 450 milliards. Il est sur le point de tout vendre à Trump et aux Américains.

Et ce qui est encore plus triste est que ce régime veut fonder un centre idéologique pour combattre le terrorisme. Je leur suggère ceci : ça ne sert à rien de dépenser de l’argent, de créer un centre, de faire des études, et tout le tralala, deux mots suffiraient pour que (les terroristes) disparaissent. Arrêtez et modifiez le programme éducatif (religieux) en Arabie Saoudite qui enseigne le wahhabisme, arrêtez d’exporter le wahhabisme au monde entier, et le monde se portera à merveille. Faute de ça, on se moque du monde. Les accords sécuritaires, politiques, économiques... Ce ne sont que des paroles vides. La source (du terrorisme) est cette pensée (wahhabite).

Aujourd’hui, lorsqu’il y a des combats en Irak et en Syrie, et que des centaines de kamikazes se jettent sur nous, n’est-ce pas un (grand) péché ? Des centaines de kamikazes. Est-ce qu’ils combattent pour de l’argent ? Non ! Combattent-ils pour ce bas-monde ? Non ! Ça ne fait rien, il faut que nous attestions de cette réalité. Ces individus réalisent des opérations suicide car quelqu’un leur a bourré le crâne, les a persuadés que s’ils se font exploser au milieu de musulmans, de chrétiens, de souks, de mosquées, d’églises, de manifestations ou de villages, où que ce soit, parmi des militaires ou des civils, s’ils se font exploser, ils iront directement déjeuner avec le Prophète. Ils iront directement dîner avec le Prophète. Leur récompense est le paradis. Et ils seront bien surpris lorsqu’ils seront (ressuscités) parmi ceux dont les actions sont les plus vaines. [« Ceux dont les efforts, dans cette vie, sont déployés en pure perte, et qui croyaient cependant bien agir.  » (Coran, XVIII, 104)]

La question précède donc les niveaux sécuritaire, militaire, les alliances, la guerre contre le terrorisme et les paroles vides de sens. La première chose (qu’il faut confronter), c’est cette pensée (wahhabite). D’où vient-elle ? D’Arabie Saoudite. Des écoles wahhabites. Du Corps [saoudien] des Grands Savants. Et par conséquent, la guerre contre le terrorisme doit commencer de là. Tout le reste n’est que perte de temps, d’efforts et de sacrifices.

Le plus triste est que c’est la source de la pensée terroriste, qu’elle finance le terrorisme, et qu’elle prétend aujourd’hui demander des comptes à ses associés et ses voisins [Qatar] en les accusant de soutenir et de financer le terrorisme. C’est bien sûr un scandale. Cela signifie qu’il n’y a aucune gêne, aucune pudeur, tout est révélé dans sa vérité la plus crue, ils n’ont vraiment plus honte de rien les uns avec les autres.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, en cette Journée d’Al-Quds (Jérusalem), je déclare que toute la Communauté islamique, tous les peuples musulmans doivent exiger de ce régime saoudien qu’il mette fin à la guerre contre le Yémen, qu’il cesse de s’ingérer dans les affaires intérieures au Bahreïn et ailleurs, en Syrie, en Irak, en Iran. Ce n’est pas l’Iran qui s’ingère dans vos affaires intérieures. Qu’on exige de ce régime saoudien qu’il cesse d’exporter la pensée wahhabite terroriste au monde entier. Et qu’on exige de ce régime saoudien qu’il cesse d’ouvrir les portes à Israël pour qu’il entre dans le monde arabe après qu’il ait été incapable de le faire durant des dizaines d’années. Ces demandes sont une responsabilité, et pas (seulement) un acte recommandé. C’est un devoir des plus impérieux aujourd’hui et fait partie de la bataille. Aujourd’hui, notre responsabilité en la Journée d’Al-Quds (Jérusalem) est celle-ci.

Et nous aussi au Hezbollah, dans la Résistance islamique au Liban, avec tous nos frères et soeurs, notre peuple, nos bien-aimés, les familles des martyrs, les blessés, aujourd’hui, nous renouvelons également notre foi dans Al-Quds (Jérusalem), notre foi dans la cause palestinienne, notre détermination à suivre la voie de la Résistance, notre engagement résolu dans l’Axe de la Résistance, notre détermination dans cette bataille qui concerne l’avenir de la Palestine et l’avenir de la Communauté islamique.

Et dans cette voie, nous faisons des sacrifices chaque jour : des martyrs, des blessés, et nous avons même parfois des prisonniers. Nous faisons ces sacrifices car nous croyons fermement que dans cette bataille, nous protégeons la sécurité du Liban, face à Israël et face aux groupes takfiris. Car dans cette bataille, nous préservons notre région et nos lieux saints. Et car dans cette bataille, nous protégeons notre pays et de notre région de ce qui est pire et plus terrible, à savoir ce modèle daechiste qui a fait exploser hier une mosquée parmi les plus importantes et les plus grandioses de Mossul. Et pire encore, il fait des habitants de Mossul des boucliers humains, et lorsque l’un d’entre eux essaie de partir, ils lui tirent dans le dos.

Dans toute l’histoire, nous n’avons jamais assisté à une cruauté telle que celle que représente aujourd’hui Daech, qu’ont lancé contre nous et contre nos peuples les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. Nous n’avons jamais rien connu de tel.

Dans cette bataille, nous persévèrerons et nous serons partout où nous devons être, et je vous déclare, à travers tous les faits et toutes les données, nous marchons par le sang, les martyrs, la patience, les sacrifices et l’endurance, nous marchons vers la victoire inévitable, la victoire promise, la victoire prochaine si Dieu le veut.

Bonne fête à vous, et que la Paix de Dieu soit sur vous, ainsi que Sa Miséricorde et Ses Bénédictions.

Hassan Nasrallah : 100 000 combattants du monde musulman sont prêts à affronter Israël (2/3)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 23 juin 2017, à l’occasion de la Journée Internationale d’Al-Quds (Jérusalem)

Cette journée a été instituée par l’Imam Khomeini en 1979 pour réaffirmer l’attachement de la communauté musulmane à la cause palestinienne et aux lieux saints d’Al-Quds, et elle est célébrée le dernier vendredi du mois de Ramadan.




Transcription :

Voir la première partie du discours ici :  Israël n'a gagné aucune guerre depuis 1967

[…] En conclusion, notre message en cette Journée d'Al-Quds (Jérusalem), à travers tous ces faits constatés (que je viens d'évoquer), depuis les champs de bataille aux terrains politiques, jusqu'aux lieux de manifestations populaires, aux célébrations et aux festivals commémorés ce jour, nous devons en arriver au résultat suivant, et déterminer les responsabilités suivantes.

Premièrement, le peuple palestinien et tous ceux qui croient en cette cause dans le monde arabo-musulman ne doivent en aucun cas désespérer, malgré toutes les difficultés dont nous avons parlé dans la première partie (de mon discours). Car le désespoir permettrait de réaliser l'objectif de l'ennemi. Il ne faut pas désespérer, ne pas être écœuré, épuisé et en avoir assez ; il faut rester patient, déterminés et persévérer (sur la voie de la Résistance) car devant nous, il y a beaucoup d'espoir, beaucoup de succès, beaucoup d'horizons ouverts.

Par conséquent, nous n'avons pas le droit de désespérer, ni d'abandonner (la lutte), ni d'être fatigués, ni de renoncer et de se rendre en fin de compte. Les Palestiniens et leurs partisans doivent rester fermement attachés à leurs droits.

Deuxièmement, que tout le monde sache, tant du côté des amis que des ennemis – l'ami a [lui aussi] besoin d'être rassuré, car une guerre psychologique est menée jour et nuit contre lui, contre notre base populaire, contre notre peuple, contre tous les partisans de la Résistance dans le monde arabo-musulman. Et l'ennemi également doit savoir, tandis qu'il complote, pour ses calculs et ses considérations, tout le monde doit savoir que l'Axe de la Résistance est très puissant, et il a démontré cette grande force. Il n'est pas tombé, il ne s'est pas effondré ni écrasé, il a pris la situation en main et a repris l'initiative dans plus d'un champ de bataille, dans plus d'un pays et dans plus d'un terrain.


Aujourd'hui, l'Axe de la Résistance n'a pas abandonné le terrain et n'abandonnera jamais le terrain. Aujourd'hui, l'Axe de la Résistance ressent qu'il s'est considérablement élargi, de véritables alliés qui n'étaient pas à ses côtés il y a quelques années,  se sont maintenant joints à lui : il y a 6 ans, 7 ans et 10 ans, nous n'étions composés que de l'Iran, de la Syrie, de la Résistance au Liban et de la Résistance en Palestine, point à la ligne. Le reste n'était composé que de peuples qui avaient de l'empathie pour nous, (rien de plus).

Mais aujourd'hui, il y a deux grands ajouts qualitatifs à l'Axe de la Résistance, (deux alliés) puissants, véritables, authentiques, influents et efficaces dans la région et pour l'avenir de la région (nous ont rejoints) : (je parle du) développement en Irak, et du développement au Yémen. Ces pays n'étaient pas présents (à nos côtés auparavant).

Aujourd'hui, le monde entier doit savoir que l'Axe de la Résistance est plus fort, et l'ennemi israélien doit savoir que s'il lance une guerre israélienne contre la Syrie et contre le Liban, il n'est pas sûr que le combat reste libano-israélien ou syro-israélien. Cela ne signifie pas que j'affirme que des pays vont intervenir de manière directe. Mais cela ouvrira peut-être la porte à des dizaines de milliers et même des centaines de milliers de moudjahidines et de combattants [aguerris] de tous les coins du monde arabo-musulman qui viendront participer à cette bataille.

[Public : A ton service, ô Nasrallah !]


De l'Irak, du Yémen, et de tout autre lieu : d'Iran, d'Afghanistan, du Pakistan... Qui prétend que si l'ennemi décide d'agresser ou de lancer une guerre, que la guerre se déroulera comme en 2006 ou autre, non. Aujourd'hui, l'Axe de la Résistance considère qu'il est lié par un même destin et se comporte en conséquence. Il est lié par un même destin.

Troisièmement, tout le monde doit également savoir que la situation dans la région ne restera pas telle qu'elle est, et que les plans des ennemis ont déjà échoué pour certains, et les autres échoueront également. Et ils ont échoué à réaliser leurs objectifs politiques les plus importants. Leurs objectifs politiques les plus importants, (ils ont échoué) sur les plans militaire, médiatique et politique. Et ceux qui ont enduré et résisté en offrant leur sang, leurs martyrs et leurs sacrifices dans tous ces champs de bataille poursuivront leurs actions afin de transformer la situation de la région.

Quatrièmement, les visages, Etats et régimes (qui ont fomenté et soutenu Daech) ont été complètement démasqués. C'est dans ce 4e point que je vais expliquer le slogan qui apparaît derrière moi, « L’honneur d’Al-Quds (Jérusalem) refuse... » Cette phrase a été prononcée par Son Eminence l'Imam dirigeant Sayed Musa al-Sadr, que Dieu nous le rende sain et sauf ainsi que ses frères et ses compagnons, dans les années 1970, lors d'une très grande conférence à l'UNESCO si je me souviens bien, en présence des dirigeants palestiniens, des partis nationalistes, etc. Et il a dit lors de son discours, pour le citer intégralement, « Sache donc ô Abu 'Ammar [Yasser Arafat], que l’honneur d’Al-Quds (Jérusalem) refuse... L’honneur d’Al-Quds (Jérusalem) refuse que cette ville sainte soit libérée par d'autres personnes que les croyants (sincères). »

Peut-être que si l'un d'entre nous, aujourd'hui, tient un tel discours, ses paroles n'auront aucun impact, que ce soit au Liban, en Irak, en Syrie, au Yémen, s'il disait une telle chose à Sana'a, à Bagdad ou à Téhéran, ça ne coûterait rien. Mais lorsque l'Imam Musa al-Sadr a prononcé ces paroles (alors inconcevables) à l'UNESCO, c'était très différent, il était à l'étranger.

Quoi qu'il en soit, les visages sont aujourd'hui mis à nu. Certains disent que les masques sont tombés. Je préfère dire que les visages sont aujourd'hui mis à nu. Le jeu de l'hypocrisie a pris fin. (Les relations) sous la table et par-dessus la table avec Israël, c'est fini. Voilà ce que je veux dire.

Voyez donc, certains considèrent que ce qui se passe aujourd'hui entre Israël et certains pays arabes est une preuve de défaite (de la cause palestinienne). Mais moi, je vous dis qu'il s'agit d'un signe positif annonçant la victoire. Pourquoi ? Lorsque les hypocrites sortent de vos rangs, cela signifie que vous vous approchez de la victoire. Lorsque le tri est fait entre le bon grain et l'ivraie, dans une bataille dont l'objectif est le summum du bon et du bien dans ce monde (la libération de la Palestine),  cela signifie qu'on se rapproche de la victoire.

L’honneur d’Al-Quds (Jérusalem) refuse qu'elle soit libérée par les hypocrites, les pervers, les agents de l'ennemi, prêts à tout vendre au plus offrant, les bons à rien, les croulants et les traîtres. Al-Quds (Jérusalem) ne sera libérée que par les croyants (sincères) en Dieu, en les Messages divins, en les Prophètes, en les Lieux Saints, ceux qui croient en leurs peuples, en les droits de leurs peuples, les sincères, fidèles et loyaux, qui se sacrifient (pour défendre leurs convictions). Et c'est de cela que nous nous approchons actuellement.

Ce qui se passe actuellement n'est pas un signe néfaste, c'est un signe positif et bénéfique : le jeu de dupes est terminé, le jeu de l'hypocrisie, des sous la table et sur la table. Laissez donc toutes les choses (apparaître telles qu'elles sont). Cette différenciation (entre les sincères et les hypocrites est très bénéfique). O mes frères et sœurs, ô peuple palestinien, ne désespérez pas, ne vous attristez pas, ne soyez pas désolés. Au contraire, cette différenciation est un signe extrêmement positif, qui transpose la bataille sur un nouveau stade plus avancé et plus proche de la victoire.

Cinquièmement, quels que soient les développements, les USA et Israël, ainsi que les régimes qui œuvrent à leurs côtés, doivent savoir que le peuple palestinien et que les peuples de notre Communauté islamique ne reconnaîtront jamais Israël, n'accepteront jamais (l'existence) d'Israël, ne normaliseront jamais leurs relations avec Israël. Ce peuple égyptien, ce peuple jordanien, jamais !

Peut-être que les dirigeants normaliseront les relations, de même que certaines personnalités politiques, culturelles ou médiatiques, à cause de leur vacuité, de leur faiblesse et de leur bassesse, pourront normaliser les relations. Quant à ces peuples, ces peuples (arabo-musulmans), il est impossible qu'ils normalisent leurs relations avec Israël, quoi qu'il puisse advenir : guerres civiles, raciales, religieuses, sédition sectaires, expatriation, dangers, tout ce que vous voulez. C'est impossible ! Et c'est là un verdict authentique, indépassable. Je n'exagère pas, je ne donne pas d'espoirs. Les faits et la réalité confirment ce que je dis.

Et c'est pourquoi cet Israël restera étranger à cette région, imposée (de l'extérieur) à cette région, un Etat d'occupation, un Etat terroriste. Et viendra le jour où ce terrorisme et cette occupation seront extirpés de la terre de Palestine. Ils ne font que... comment dire... Ils combattent (vainement) le destin. Mais le destin de cette communauté et de cette région est celui-ci (la fin d'Israël). […]


[Troisième partie du discours : L'Arabie Saoudite veut vendre la Palestine à Donald Trump]

La série des Langelot, romans de Vladimir Volkoff pour la jeunesse (Bibliothèque Verte)

Je fais suite à la première publication partielle de mon Mémoire de Lettres Modernes datant de 2009, et consacré à Vladimir Volkoff et à son œuvre. Après la première partie consacrée à l'auteur, et déjà publiée sous le titre Un « idéologue » d'extrême droite : Vladimir Volkoff, je publie tel quel le reste de mon travail consacré à l'excellente série des Langelot, ouvrage pour la jeunesse publié sous le pseudonyme de Lieutenant X qui gagnerait à être plus connu. Les lecteurs de la série pourront s'y replonger dans un univers qui aura bercé leur enfance (comme certains ont déjà pu le faire en privé, m'invitant à publier cette partie), et ceux qui ne la connaissent pas pourront la découvrir et la faire découvrir aux enfants et adolescents.

Une première partie présente certaines thématiques de la série, une seconde propose une analyse littéraire de quelques extraits représentatifs et une troisième soutient que plusieurs ouvrages de la série sont apocryphes et n'ont pas été composés (ni même bâclés) par Vladimir Volkoff. Des interviews de l'auteur sur Langelot et une bibliographie complète sont enfin proposés.

Les illustrations ont été ajoutées pour agrémenter la lecture. 

Sayed Hasan




Introduction : Vladimir Volkoff et Langelot, deux « officiers » méconnus


 Langelot

Vous, les stagiaires, il va sans dire que vous êtes les bienvenus. Vous avez choisi le plus beau métier du monde. Celui qui nécessite un emploi total de toutes les possibilités de la personne humaine. Celui qui, à l’époque des bombes H, des camps de la mort, des destructions massives, permet encore à un homme seul de défendre efficacement sa patrie en faisant un minimum de mal à l’humanité. Bravo.
Qui plus est, vous n’avez pas seulement choisi ce métier, vous avez été choisis pour l’exercer. Choisis dans des circonstances diverses, mais avec une compétence égale. Vous êtes, au sens propre, une élite. Encore une fois, bravo.[1]

C’est en ces termes éloquents que le colonel Moriol, dans le premier ouvrage de la série, Langelot agent secret, accueille les jeunes stagiaires destinés à devenir des officiers du Renseignement au service de la France. Langelot est un héros de la littérature pour la jeunesse qui, quoique méconnu, ne s’en laisserait point conter par tous les Nancy Drew et autres Harry Potter contemporains. Brillant sous-lieutenant d’un des services secrets français les plus modernes, il incarne parfaitement les nobles valeurs auxquelles l’auteur rattache le monde du Renseignement, et, malgré sa jeunesse (l’ouvrage, publié dans la collection « Bibliothèque verte », était destiné aux préadolescents), n’a rien à envier à son alter ego adulte créé par Ian Fleming. Langelot, parangon de l’agent secret, est, au sens propre du terme, un [jeune] homme d’élite, non pas en ce qu’il détiendrait des facultés exceptionnelles, mais en ce qu’il a développé au mieux l’ensemble des possibilités physiques et morales de l’être humain, ce qui lui permet de redonner vigueur à l’idéalisme et à l’optimisme. Ses capacités physiques et intellectuelles peu communes, doublées d’une morale solide, lui permettent ainsi de se confronter à la marche de l’Histoire, tout en l’influant.
Deux thèmes sont omniprésents dans la série des Langelot, ceux-là même que met en lumière la citation du colonel Moriol, à savoir l’héroïsme et l’aristocratie, dans l’acception antique de ces termes. Le monde de la série des Langelot, celui des relations internationales durant la guerre froide, est un monde instable, violent, décrit avec force réalisme, dans toute sa subtilité ; il dévoile les rouages secrets qui meuvent l’Histoire, à la faveur de l’action des Héros de l’ombre, et montre que l'héroïsme individuel, désintéressé, la poursuite d'un idéal restent possibles dans le monde moderne. Le sérieux, voire le tragique, le disputent au plaisant : il s'agit d'amuser, certes, mais aussi d'éduquer, d'éveiller le jeune lecteur à la réalité. L’espionnage est un monde que l’auteur, Vladimir Volkoff, connaît d’expérience, tout comme ses modèles anglo-saxons, Graham Greene et John le Carré : cela lui permet d’exploiter pleinement le ressort du mystère, particulièrement attrayant pour les plus jeunes. Comme il l’affirme lui-même dans une interview en ligne, Vladimir Volkoff a écrit la série des Langelot pour défendre ce en quoi il croyait, à savoir « la patrie, le courage physique, la fidélité, la joie du danger, le charme féminin ». Autant d’ingrédients nécessaires au succès d’un ouvrage pour la jeunesse, et ce sans négliger la qualité de la plume et la densité de la réflexion, qui, hélas, ne vont pas toujours de pair avec la popularité des séries.

Vladimir Volkoff

« Le niveau de la classe intellectuelle française est bien à la hauteur du silence qui a accompagné son départ. Imaginons la mort de je ne sais quel histrion de sixième catégorie : des pages entières dans les journaux lui auraient été consacrées, des montagnes de gerbes auraient été déposées devant son cercueil. Il y aurait eu des émissions spéciales dans les chaînes dites de grande diffusion, dans les grands journaux. Silence. Silence radio. Ceci est bien à l’image de ce qu’est devenue l’intelligence de ce pays.[2] » C’est en ces mots que Bernard Lugan, ami intime de Vladimir Volkoff, prononce l’oraison funèbre du défunt au lendemain de son enterrement, qui pour ainsi dire est passé inaperçu.
Comme le montre assez notre Avant-propos [non publié], nous ne pouvons guère considérer Vladimir Volkoff comme un grand écrivain – et c’est d’ailleurs pourquoi nous ne l’avons nullement évoqué dans cette dissertation littéraire. Vladimir Volkoff n’est qu’un homme d’un certain talent : le talent peut suffire à écrire de brillants ouvrages pour la jeunesse, mais il ne suffit pas à écrire de véritables romans dignes de ce nom.
Nous ne souscrivons donc que partiellement aux propos de Bernard Lugan. Nous estimons, et c’est là un jugement par contumace[3], que la plupart des pseudo-écrivains contemporains n’ont pas plus de « talent » que Vladimir Volkoff ; si d’aucuns tenaient en estime la « littérature » contemporaine, il nous semble qu’ils gagneraient à le connaître. Rendons dès maintenant cette justice à Vladimir Volkoff, il ne fut pas une âme mercenaire : c’était un « vieil écrivain français d’origine russe, ramant toujours à contre-courant, semi-raté, mais avec des entrées et des contacts de ci de là, des lecteurs un peu partout, une autorité limitée qui lui était venue tardivement mais venue tout de même, parce qu’il ne s’était jamais vendu à personne…[4] »
Pourquoi donc traiter un auteur qui, pour nous, est littérairement négligeable[5] ? Car c’est bien la série des Langelot, non son auteur, qui nous intéresse : nous la considérons, objectivement comme un joyau de la littérature pour la jeunesse de la seconde moitié du XXe siècle, et subjectivement comme une série qui a bercé notre enfance, et qui, en tant que telle, a pu contribuer à notre développement. Nous intéressant de près, à titres personnel et professionnel, aux enfants et à leur éducation, et étant consterné par les inepties dont ils sont quotidiennement abreuvés – qu’elles soient « littéraires », télévisuelles ou multimédia –, nous aimerions contribuer à faire connaître cette série, qui, d’après notre expérience, enthousiasme les plus jeunes, tout en leur permettant, en plus d’acquérir un riche vocabulaire, d’élever leurs vues et d’aborder sérieusement des questions éthiques et philosophiques complexes.

Première partie : Vladimir Volkoff


Déjà publiée sous le titre Un « idéologue » d'extrême droite : Vladimir Volkoff


Deuxième partie : Langelot



I.                   Présentation de la série

A. Langelot agent secret

Genèse 

La série des Langelot a été initialement publiée entre 1965 et 1986 dans la Bibliothèque verte, mythique collection des éditions Hachette destinée aux enfants et préadolescents[6]. Louis Hachette avait créé la Bibliothèque rose en 1856 après une rencontre avec le Comte de Ségur, qui lui avait parlé des histoires que sa femme inventait pour ses propres enfants : ainsi la Comtesse de Ségur sera-t-elle la première auteure à publier des ouvrages dans cette collection. La Bibliothèque verte, quant à elle, fut créée en 1924 : sa vocation première était de rééditer les grands classiques de la littérature pour la jeunesse, en particulier les auteurs du fonds Hetzel (Jules Verne, etc.). En 1948, les premières nouveautés apparaissent, notamment plusieurs séries qui connaîtront un grand succès : Alice (Caroline Quine), Les Six Compagnons (Paul-Jacques Bonzon), L’étalon noir (Walter Farley) Michel (Georges Bayard), Les trois jeunes détectives (Robert Arthur, sous l’illustre prête-nom d’Alfred Hitchcock), etc.


C’est en tant que traducteur que Vladimir Volkoff fait ses débuts chez Hachette : 

[Un ami[7] ayant] publié avec succès des livres chez Hachette jeunesse, il m’introduisit dans cette maison pour laquelle je fis office de lecteur et traduisis Pickwick, Mary Poppins, Hitchcock et bien d’autres. Surtout j’y créai, sous le pseudonyme de Lieutenant X, la série ‘Langelot’ à laquelle je travaillai pendant quelque vingt ans avec autant de conscience et de plaisir qu’à mes autres livres. Les quarante titres sortis, dont certains furent traduits en turc, en indonésien, en afrikander, sans parler de l’allemand ou de l’espagnol, me donnèrent pendant quelque temps une indépendance qui me permit ‘d’aller voir ailleurs si j’y suis’.[8]