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samedi 9 décembre 2017

Hassan Nasrallah : la cause palestinienne et la mosquée Al-Aqsa sont en danger mortel

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 7 décembre 2017, suite à la décision de Donald Trump de reconnaître Al-Quds (Jérusalem) comme capitale d’Israël 


Vidéo originale supprimée par Youtube. Voir Kafka 2.0 : Comment s’exerce la censure politique sur Youtube



Transcription : 

[Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. 

Louange à Dieu, Seigneur des Mondes, et que les prières et les salutations soient sur notre Maître et Prophète, le Sceau des Prophètes Abul Qasim Muhammad b. Abdillah, sur sa famille excellente et purifiée, sur ses compagnons choisis et fidèles ainsi que sur l’ensemble des Prophètes et Envoyés. 

Que la paix soit sur vous tous, ainsi que la Miséricorde et les Bénédictions de Dieu.] 

Le sujet de mon intervention de ce soir est la décision américaine récente annoncée hier par le Président des Etats-Unis d’Amérique quant à sa reconnaissance d’Al-Quds (Jérusalem) comme capitale d’ « Israël » entre guillemets, (ou plutôt) de l’entité sioniste. 

Mais avant de commencer (mon propos), je me dois, alors que nous sommes toujours dans l’ambiance de ces commémorations bénies, d’adresser mes félicitations à l’ensemble des musulmans du monde à l’occasion de l’anniversaire de la naissance du Plus Grandiose des Prophètes ces jours-ci, le Sceau des Prophètes, Muhammad b. Abdillah, paix et bénédictions de Dieu sur lui et sur sa famille, ainsi que la naissance bénie de son descendant l’Imam Ja’far al-Sadiq, paix sur lui. 

O mes frères et sœurs ! Comme cela a été dit hier dans plus d’un endroit du monde arabe et islamique, nous avons le sentiment d’être face à une nouvelle Déclaration Balfour, une seconde Promesse Balfour. Est-ce une coïncidence ou un calcul, (exactement) 100 ans après la première Déclaration Balfour, une seconde Promesse Balfour nous frappe. 


Je souhaite parler de trois points à ce sujet, avec (toute) la concision possible, malgré le grand nombre de points qui devraient être développés à ce sujet. Le premier point concerne la compréhension (de la nature et de l’ampleur) des dangers de cette décision américaine, et de certains des dangers qui s’y ajoutent. Le second point évoquera certaines causes et conséquences de cette décision américaine, à savoir ce qu’elle signifie, ce qu’elle démontre et ce qu’elle révèle. Le troisième point sera la prise de position qui s’impose. Et enfin une conclusion. 

Premièrement, en ce qui concerne la compréhension des dangers entraînés par la décision américaine. Si nous comprenons l’ampleur des dangers entraînés par cette décision, cela constituera un encouragement pour nous tous à agir et à assumer nos responsabilités, et également, par ailleurs, à ne pas écouter les voix qui vont s’élever dans les prochains jours, lorsque chacun fera part de sa position, je m’attends à ce que nous entendions des voix dans le monde arabe et islamique qui affirmeront que ce qui s’est passé n’a pas d’importance ou de valeur, qu’il ne s’est rien passé (qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter), et par conséquent, (nous entendrons malheureusement) des démentis quant à l’importance et aux dangers de cette décision.   

En considérant les dangers (impliqués par cette décision), une brève introduction : nous savons tous que l’ennemi israélien, cette entité et ses dirigeants, par principe, ne respectent pas les résolutions internationales – c’est quelque chose de prouvé et d’établi, il suffit de considérer l’ensemble des résolutions internationales (s’appliquant à Israël) –, ils ne respectent pas les conventions internationales, ils ne respectent pas les accords internationaux, et ils ne respectent même pas les accords qu’ils ont eux-mêmes (élaborés et) signés. Leurs intérêts priment sur tout et ont toujours le dernier mot. Et ils ne respectent même pas ce qu’on appelle la communauté internationale ou la volonté internationale. Ils se moquent de ce que disent les pays arabes, les pays islamiques, les pays européens – oui, même les européens –, les Russes, la Chine, l’Amérique Latine, le Canada ou l’Australie. Pour cette entité, la seule chose qui importe fondamentalement, ce sont les Etats-Unis d’Amérique et la position américaine. C’est (une réalité) bien connue. 

Et par conséquent, durant les décennies passées, les gouvernements successifs de l’ennemi ont essayé de prendre possession d’Al-Quds, de s’en emparer, à tous les égards : humainement, au niveau des habitants, des lieux saints, à tous les niveaux. Mais les gouvernements américains successifs également, au prétexte d’être les garants de la paix, de parrainer les négociations, de veiller (impartialement) à respecter l’équilibre entre les pays de la région, entre Israël et ses alliés arabes, etc., autorisaient parfois de manière limitée, et parfois interdisaient, les mesures israéliennes (d’accaparement graduel) d’Al-Quds. Par exemple, en ce qui concerne le processus d’expulsion progressive des Palestiniens d’Al-Quds, petit à petit, parfois les Etats-Unis détournaient le regard et permettaient ces expulsions – comme on dit, ils fermaient les yeux –, et parfois ils les interdisaient et prenaient une position (contre). Tout avançait dans ce cadre (de faux-semblants). En ce qui concerne la construction de colonies, même chose, elle se faisait petit à petit : parfois ils s’y opposaient, parfois ils la facilitaient, parfois ils détournaient le regard. En ce qui concerne l’appropriation de maisons et de biens des Palestiniens, même chose. En ce qui concerne l’avancée progressive vers la mosquée Al-Aqsa, même chose. Ainsi, la position américaine constituait une protection ou un encouragement, d’une manière ou d’une autre, faisant en sorte qu’Israël ne s’empare pas (ouvertement et) d’un seul coup de toute la ville, et que le projet sioniste à Al-Quds ne s’accomplisse pas complètement (d’un seul coup mais graduellement). 

Si nous sommes attentifs (aux données de) cette introduction, nous comprendrons le danger de la nouvelle décision américaine. Car que leur a dit Trump ? Il leur a dit : « Cette (ville) d’Al-Quds, toute entière, Ouest et Est, est à vous, c’est votre terre, c’est votre capitale. Elle est soumise à votre souveraineté. » Par conséquent, c’est fini, l’encouragement tactique américain, qui s’expliquait par la diplomatie, la politique des (pseudo-)négociations, de la mesure et de l’équilibre des positions entre l’entité sioniste et les pays arabes et islamiques, tout cela s’est écroulé hier, abattu par un coup fatal. Maintenant, le gouvernement ennemi, Netanyahu et son parti, n’ont plus d’obstacles face à eux, après cette position américaine. Et cela nous amène à entrer dans quelques détails au sujet des dangers. Je vais les énumérer de manière progressive, jusqu’au plus grand danger. 

Premièrement, les habitants palestiniens d’Al-Quds Est : quel sera leur sort après cette décision américaine ? Est-ce que la nationalité israélienne leur sera imposée ? Comme pour les Palestiniens de 1948 ? Ou est-ce qu’ils seront expulsés ? Etc., etc., etc. Qu’est-ce qui les attend ? Si par le passé il y a avait des limites au sujet de l’expulsion des Palestiniens d’Al-Quds, après cette décision, les portes sont ouvertes (à tout). 

Deuxièmement, quel est l’avenir des biens des Palestiniens à Al-Quds ? Par le passé, on a vu dans les médias de (tragi-)comédies israéliennes : ils s’emparaient d’une maison ici, de deux maisons là, ils construisaient une maison ici ou là, tantôt au prétexte de violations de la loi, d’absence de permis de construire, etc., etc. Mais maintenant, quel sera le sort de ces biens ? L’accaparement (par Israël) ? La destruction ? Car maintenant, en ce qui concerne la souveraineté, c’est terminé, il n’y a plus aucune interdiction américaine, et les Israéliens se comporteront avec une souveraineté totale. Donc les biens des Palestiniens, leurs maisons, leurs propriétés, leurs champs, leurs terres à Al-Quds (sont tous sous menace imminente d’accaparement ou de destruction). 

Troisièmement, par le passé, si une colonie était construite, cent ou deux cents maisons, et que les voix (de protestation) des Européens s’élevaient, que les Américains leur disaient « Fermezla » et « Restez tranquilles », maintenant, nous allons assister à un mouvement de colonisation massif et rapide, sans aucun obstacle et sans aucune limite à l’intérieur de l’Est d’Al-Quds et dans toute l’agglomération de la ville d’Al-Quds. 

Quatrièmement, Al-Quds va s’étendre davantage en direction de la Cisjordanie, sous l’intitulé du « Grand Al-Quds ». Demain, tout ce qui avoisine Al-Quds sera intégré au « Grand Al-Quds ». Et cela sera même acté dans les négociations, s’il peut encore y avoir des négociations. 

Et à ce niveau – en ce qui concerne les habitants, les propriétés, les maisons et les colonies, la colonisation, tout ce qu’ont fait les Israéliens durant des décennies, ils feront bien davantage en une période de temps très restreinte. Et c’est là un grand danger.  

Cinquièmement, et on arrive également aux plus grands dangers, le sort des lieux saints de l’Islam et du Christianisme. Auparavant, Al-Quds avait un statut spécial, reconnu par la communauté internationale, etc. Maintenant, que reste-t-il de ce statut spécial ? Rien du tout. La souveraineté sur les lieux saints musulmans et chrétiens, selon la reconnaissance américaine, appartient aux Israéliens. Et ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Et nous entendons depuis le début, et durant ces dernières années, des voix qui s’élèvent, affirmant que c’est l’occasion historique de reconstruire le Temple [juif de Salomon, ce qui implique la destruction de la mosquée Al-Aqsa], et de réaliser les projets sionistes à cet égard. Après cette déclaration, on peut en toute franchise affirmer que les lieux saints musulmans et chrétiens sont en grand danger, qu’on doit tirer la sonnette d’alarme, mais ce qui est en plus grand danger encore, c’est la mosquée Al-Aqsa elle-même. La mosquée Al-Aqsa elle-même. Que personne ne soit surpris si un jour, avec tout ce qui se passe dans le monde, on se réveille un matin et qu’on s’entende dire qu’il y avait des cavités sous la mosquée Al-Aqsa, qu’on ne sait pas ce qui s’est passé, qu’un tunnel a été creusé ou un mur détruit et que la mosquée a été (accidentellement) détruite, ne nous en voulez pas Mesdames, Messieurs. Cela peut se produire n’importe quelle nuit, à n’importe quel instant. Donc le sort même des lieux saints musulmans et chrétiens, surtout la mosquée AlAqsa, (est gravement menacé). 

Sixièmement, l’avenir de la cause palestinienne dans son ensemble. Car Al-Quds est le cœur même de la cause palestinienne, son socle, son Axe, son fondement. Lorsque de fait, Al-Quds est retirée de cette cause, qu’en reste-t-il ? Il n’en reste rien. Aujourd’hui, que dit Trump aux Palestiniens et au peuple palestinien, aux communautés arabe et islamique et au monde entier ? « Il  n’y a plus de cause palestinienne. C’est terminé. Il y a des individus Palestiniens, certains sont présents à l’intérieur de (l’entité) ‘Israël’ d’après leurs termes, certains sont à l’extérieur, il faut trouver une solution. Voyons donc où on peut les loger, les installer, peut-être qu’on peut les emmener en Jordanie ou leur donner le Sinaï (égyptien), leur donner une sorte d’autonomie administrative. Et que faire de ceux qui sont à Gaza ? » Telle est (toute) l’étendue de la question. 

Mais quant à la cause palestinienne, le cœur et le fondement de la cause palestinienne qu’est AlQuds, en ce qui concerne les Etats-Unis, cette question a pris fin hier. Et cela même pour ceux qui croient en la voie des négociations (ce qui n’a jamais été le cas du Hezbollah). Et à plus forte raison pour l’avenir de l’Etat palestinien indépendant dont la capitale est la sainte Al-Quds. Que reste-t-il d’Al-Quds pour les Américains, qui puisse être négocié et obtenu (pour capitale de la Palestine) ? Indépendamment (des différences entre ceux qui) revendiquent la Palestine (toute entière) de la Mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain), qui acceptent les frontières de 1967 de manière permanente ou qui acceptent les frontières de 1967 de manière provisoire, les Palestiniens sont unanimes sur le fait que la capitale de l’Etat palestinien, quelle que soit son étendue, doit être Al-Quds Est. Aujourd’hui, les Américains ont rayé cela de manière définitive. 

Les Américains, les (prétendus) parrains des négociations et garants des accords – lorsqu’ils aboutissaient –, déclarent à nous tous et aux Palestiniens qu’Al-Quds ne fait pas partie des négociations, que c’est terminé, que ce n’est pas un sujet de débat, de négociation ou même de discussion. Si les négociations se poursuivent, il faudra parler d’autres choses, mais (en aucun cas) d’Al-Quds. Qu’est-ce que cela signifie ? Pour ceux qui sont intéressés par les négociations et par ce qu’on appelle « le processus de paix », en toute clarté et en toute franchise, certains l’ont déclaré, hier, Trump a tiré la balle ultime (et fatale) sur ce processus. Et certains ont même déclaré que c’était un processus mort-né dès le départ, mais que Trump a eu le courage d’annoncer son décès. Mais il y a peut-être encore, dans le monde arabe, des gens qui insistent pour affirmer qu’il est encore en vie. 

Un autre danger – et je conclurai (le premier point) là-dessus – également en ce qui concerne ce qui se trouve en dehors d’Al-Quds, lorsque les Etats-Unis ont l’audace de s’en prendre à ce qui est le plus cher aux Palestiniens, aux Arabes, aux musulmans, aux chrétiens, aux mondes arabe et islamique, et de s’en emparer ainsi – je parle d’Al-Quds –, demain, que sera donc le sort de la Cisjordanie ? Que sera le sort du Golan (territoire syrien occupé) ? Des fermes de Cheb’a et des collines de Kafar Chouba (territoires libanais occupés) ? Et de toute autre chose ? Lorsqu’ils ont l’audace de s’en prendre à ce qui t’est le plus cher, le plus saint, sans rien craindre, sans prendre le moindre élément en considération, comment se comporteront-ils donc avec ce qui lui est incomparable en sainteté, en importance, et (pèse infiniment moins) sur les aspects de la civilisation, des sentiments (nationaux), de la religion ? Et c’est pourquoi toutes les autres causes qui sont l’objet d’une lutte avec l’ennemi israélien seront menacées, surtout si on se tait face à cette dangereuse décision. Ce ne sont que quelques-uns des dangers, énoncés de manière rapide.

Maintenant, si on s’arrête et qu’on y réfléchit posément, qu’on y consacre un peu de temps, 24 heures, deux ou trois jours, que les gens s’assoient et y réfléchissent (ensemble), on découvrira beaucoup (d’autres) dangers contenus dans cette décision, surtout si elle ne rencontre que le silence, car au-delà de ce qui touche au conflit israélo-arabe, l’un des plus grands dangers est que les Américains n’aient plus aucune retenue ou limite (pour) tout ce qui se trouve dans le monde arabe et musulman. Car la communauté qui se tait face au viol d’Al-Quds, arrachée de force à son histoire, à sa civilisation, à son cœur, à sa raison, à son âme et à ses sentiments (les plus profonds) est une communauté qui peut abandonner n’importe quelle autre chose, qu’elle ait un lien avec le conflit israélo-arabe ou avec toute chose qui susciterait les ambitions ou la convoitise de l’administration américaine. […] 

A suivre

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