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jeudi 18 janvier 2018

Norman Finkelstein : l'aide US aux Palestiniens coûte moins qu'un yacht saoudien

Interview de Norman Finkelstein sur Democracy Now, le 10 janvier 2018 





Transcription : 



Amy Goodman : Israël fait face à une éventuelle enquête de la Cour pénale internationale concernant des crimes de guerre durant son agression de 2014 contre Gaza et l’expansion persistante des colonies de peuplement en Cisjordanie occupée. Selon la chaîne de télévision israélienne Channel 10, le Conseil de sécurité nationale israélien a récemment averti les législateurs israéliens que la CPI pourrait ouvrir une enquête durant cette année. Malgré l’avertissement, le ministre israélien de la Défense a annoncé mardi qu’Israël approuverait la construction de centaines de nouvelles habitations en Cisjordanie. Les dirigeants palestiniens ont commencé à demander une enquête de la CPI peu après l’agression de 2014 contre Gaza, qui a tué plus de 2 100 Palestiniens, dont plus de 500 enfants.




Cela survient alors qu’Israël et les États-Unis sont confrontés à une condamnation internationale croissante pour leur traitement des Palestiniens. Le mois dernier, les Nations Unies ont voté 128 à 9 en faveur d’une résolution appelant les États-Unis à abandonner leur récente reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël. Dans le même temps, mardi, la Suède a critiqué l’administration Trump pour avoir menacé de couper des centaines de millions de dollars d’aide annuelle à l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens de l’ONU. L’ambassadeur de la Suède auprès des Nations Unies a déclaré que la coupure de l’aide « serait déstabilisante pour la région ». Le législateur palestinien Hanan Ashrawi a comparé la menace du président Trump de couper l’aide humanitaire à du chantage.

Hanan Ashrawi : Je dirais que les droits des Palestiniens ne sont pas à vendre, et nous ne céderons pas au chantage. Il y a des impératifs et des exigences pour la paix. Et unilatéralement, le Président Trump les a détruits. Il a même saboté nos efforts pour parvenir à une paix juste et obtenir la liberté et la dignité du peuple palestinien. En reconnaissant Jérusalem occupée comme la capitale d’Israël, il s’est non seulement disqualifié en tant que médiateur ou négociateur de paix en prenant parti et en devenant complice de l’occupation israélienne, mais il a aussi totalement saboté, totalement détruit, les fondements mêmes de la paix.

Amy Goodman : Une partie de l’argent de l’aide américaine va aux réfugiés vivant dans la bande de Gaza occupée, la zone la plus densément peuplée du monde. Depuis des années, les Nations Unies et les groupes humanitaires ont averti que les conditions à Gaza sont presque invivables en raison du blocus militaire israélien qui a duré une décennie et des multiples attaques israéliennes contre la région. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, sept personnes sur dix à Gaza vivent de l’aide humanitaire. Le taux de chômage est de 44 %. Les coupures d’électricité peuvent atteindre jusqu’à 20 heures par jour.

Gaza fait l’objet d’un nouveau livre de l’auteur et universitaire Norman Finkelstein. Il est intitulé Gaza : une enquête sur son martyre. Norman Finkelstein est le fils de survivants de l’Holocauste. Il est l’auteur de nombreux autres livres, y compris L’industrie de l’Holocauste : Réflexions sur l’exploitation de la souffrance humaine et On en sait trop : Pourquoi la romance des Juifs américains avec Israël arrive à sa fin.

Norman Finkelstein, nous sommes heureux de vous retrouver à Democracy Now ! Commençons par les dernières nouvelles de ce rapport d’une éventuelle enquête de la CPI – Cour pénale internationale – sur les crimes de guerre durant l’assaut israélien sur Gaza en 2014.

Norman Finkelstein : Eh bien, il y a des enquêtes de longue date de la CPI sur la conduite israélienne, et c’en est une autre phase, la presse israélienne rapporte que ça avance. Le Procureur en chef, Fatou Bensouda, a été très indulgente, tout comme l’ancien Procureur en chef de la CPI, quand il s’agit de poursuivre n’importe qui sauf les Africains. Depuis la fondation de la CPI en 1998, les seules personnes qui ont déjà été jugées sont des dirigeants africains ou des Africains accusés de crimes importants contre les droits de l’homme. Beaucoup d’États africains appellent la Cour Internationale du Caucase et non la Cour criminelle.

Qu’est-ce qui va sortir de tout cela, ce n’est pas clair. Il est possible que le Procureur en chef, Fatou Bensouda, utilise l’affaire de la Palestine pour démontrer que les Africains ne sont pas les seuls à être poursuivis, afin de démontrer qu’elle va mettre fin à cette situation de sans précédent. Je l’ai moi-même contactée parce que, comme je l’ai dit, c’est un processus qui s’est poursuivi sur une longue période, et ce qui s’est passé en 2014, dont je parle longuement dans mon livre, fait partie de l’enquête. Et des gens qui la connaissent et qui ont été enthousiastes à propos de mon manuscrit l’ont aussi contactée.

Je voudrais aussi faire une remarque. Bien sûr, une enquête serait une bonne chose. Bien sûr, une enquête est justifiée. Cependant, nous devons garder à l’esprit que les Palestiniens ont remporté de nombreuses victoires politiques et juridiques importantes. En 2004, la Cour internationale de Justice s’est prononcée en faveur des Palestiniens dans tous les domaines. Ensuite, il y a eu le rapport Goldstone, qui était une autre victoire importante. Le problème n’est pas que les Palestiniens manquent de victoires politiques et juridiques. Le problème est que les dirigeants palestiniens, ou soi-disant dirigeants, n’ont jamais traduit les victoires juridiques et politiques en quelque chose de concret sur le terrain. Et même si – et j’espère que cela arrivera – mais même s’il y a une victoire pour les Palestiniens à la CPI, même si cette possibilité lointaine se réalise, le problème est : que faites-vous avec cela ? Et les dirigeants palestiniens n’ont jamais rien fait avec leurs victoires.

Amy Goodman : Avant d’en venir à votre ouvrage sur Gaza, je voudrais également solliciter votre avis sur cette menace des États-Unis de couper des millions de dollars d’aide à l’UNRWA, l’agence pour les réfugiés palestiniens. Expliquez l’importance de cette agence et pourquoi les Palestiniens comptent tellement sur elle.

Norman Finkelstein : Ok. Tout d’abord, vous devez garder à l’esprit que 70% des Palestiniens à Gaza – appelons-les simplement les Gazaouis – 70% des habitants de Gaza sont classés comme réfugiés. Techniquement, cela signifie, des réfugiés réels et des enfants de réfugiés. Mais selon la catégorisation utilisée à Gaza, ils sont tous classés comme réfugiés. Ca fait donc 70%. Deuxièmement, la moitié de la population de Gaza, ou un peu plus, sont des enfants. Et vous avez donc cette population massive d’enfants réfugiée, et ils dépendent massivement de l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés (de Palestine).

L’UNRWA est financé entre 25 et 30% par les États-Unis, ce qui représente environ 300 millions de dollars par an. Par conséquent, la menace de couper l’argent à l’UNRWA serait dévastatrice pour une population déjà dévastée, dont une écrasante majorité d’enfants. Néanmoins, je voudrais garder les choses dans leur juste proportion. Ce serait sans aucun doute une catastrophe si l’UNRWA n’était plus financée par les États-Unis. Cependant, regardons les chiffres. Nous parlons de 300 millions de dollars par année. Mohammad bin Salman, le prince héritier d’Arabie Saoudite, a payé 500 millions de dollars pour un yacht. Cela aurait couvert toutes les dépenses américaines de l’UNRWA – la partie américaine –, pour plus d’un an. Il a payé 450 millions de dollars pour une peinture de (Léonard) de Vinci. Cela aurait couvert toutes les dépenses des États-Unis, encore une fois, pour plus d’un an. Il a payé 300 millions de dollars pour une maison à Versailles. Cela aurait couvert toutes les dépenses de l’UNRWA des États-Unis. Et Dieu seul sait combien d’argent il a payé pour la chronique de Tom Friedman dans le New York Times.

Amy Goodman : Eh bien, pourquoi n’expliquez-vous pas de quoi vous parlez, l’éditorial du New York Times à propos de Mohammad bin Salman, le prince héritier d’Arabie Saoudite ?

Norman Finkelstein : Il y a des jeunes gens ici, donc je dois faire attention à mon langage. Mais ce n’était rien d’autre qu’une très chère, c’était une…

Amy Goodman : Oui, faites attention. Pas de mots grossiers ici.

Norman Finkelstein : Non, ce ne sont pas des grossièretés. Mais c’était une très longue fellation verbale, probablement la plus chère de l’histoire du monde, qui a été administrée à Mohammad bin Salman, la colonne qu’il a écrite dans le Times. C’était le millésime Tom Friedman. Il se rend en Arabie saoudite pendant trois jours, dit que tout est merveilleux, parle à la sœur du prince héritier, qui est représentative du peuple saoudien, dit qu’ils sont tous très enthousiastes à son sujet, puis il s’en va et écrit cette chronique.

Amy Goodman : Mentionnant à peine, dans cette colonne, entre autres problèmes, le Yémen. Mohammad bin Salman, responsable de l’agression saoudienne soutenue par les États-Unis contre le Yémen.

Norman Finkelstein : Oui. Eh bien, le Yémen est… Vous voyez, le fait est que tous les mouvements réactionnaires et régressifs du monde arabe sont financés par les Saoudiens, que ce soit le Yémen, que ce soit le Bahreïn, que ce soit la Syrie ou l’Egypte. Partout, c’est l’argent saoudien. Et c’est aussi, incidemment, l’argent saoudien qui maintient l’Autorité palestinienne à flot. C’est pourquoi ils doivent tous rendre ho[mmage]… ils doivent tous faire preuve de déférence envers les Saoudiens. C’est un régime pourri et parasitaire.

Amy Goodman : Qu’en est-il de la relation de Jared Kushner avec Mohammad bin Salman ? Et comment influe-t-elle sur la situation ? Il est allé à plusieurs reprises en Arabie Saoudite. Jared Kushner, conseiller principal de son beau-père, le Président Trump, est apparemment responsable du processus de paix au Moyen-Orient. Et ils ont apparemment élaboré un plan – Jared Kushner et Mohammad bin Salman – pour la paix au Moyen-Orient.

Norman Finkelstein : Eh bien, tout d’abord, nous devons regarder le contexte : Jared Kushner ne connait rien à rien. Jared Kushner est seulement là parce qu’il est marié à la fille de Trump. Il est le fils de Charles Kushner. Charles Kushner est un magnat de l’immobilier, un milliardaire qui a la distinction d’avoir été arrêté et d’avoir passé du temps en prison. C’est quelque chose de très rare...

Amy Goodman : Par Chris Christie, quand il était procureur au New Jersey.

Norman Finkelstein : Oui. C’est très rare aux États-Unis pour un milliardaire de passer du temps en prison. Entre autres choses, il a embauché une prostituée et l’a fait photographier avec son beau-frère, puis a présenté la vidéo à sa femme lors d’une réunion de famille. Jared Kushner, il est entré à l’Université d’Harvard parce que l’année où il a postulé, son père a donné 2,3 millions de dollars à Harvard. Tout le monde était d’accord pour dire qu’il n’avait pas les résultats suffisants, il n’avait pas les résultats requis aux tests. Ce sont des gens qui profitent, qui profitent du profit de leurs parents. Personne n’a jamais entendu parler de la moindre connaissance qu’il possèderait au sujet du Moyen-Orient.

Et d’ailleurs, c’est la même chose avec Mohammad bin Salman. Son seul intérêt est… Il n’a qu’un seul intérêt. Et, bien sûr, l’intérêt est de maintenir son pouvoir. Mais le régime saoudien est un régime parasitaire. Littéralement, « travailler » en Arabie Saoudite, le mot « travail » est LE mot de quatre lettres (injure obscène). Si vous dites que vous avez un travail, que vous travaillez, la classe dirigeante saoudienne vous regarde avec mépris. « Vous travaillez ?! » Et donc, les Saoudiens savent que dans leur confrontation actuelle avec l’Iran, ils savent qu’ils ne pourraient pas l’emporter sur l’Iran sur le plan militaire, sur le plan stratégique. Vous savez, l’Iran est une civilisation vieille de 5 000 ans. C’est un endroit très impressionnant. Et ils espèrent que les États-Unis et Israël vont leur tirer les marrons du feu. Ils veulent donc qu’Israël et les États-Unis partent en guerre contre l’Iran. Et donc ils sont prêts à faire n’importe quoi. Vous savez, ils sont prêts à donner la Palestine. Ils donneraient ce studio. Ils l’achèteraient et le donneraient pour que les États-Unis et Israël fassent ce qu’ils veulent. Donc, nous ne parlons pas vraiment d’un plan de paix. Nous parlons de donner à Israël tout ce qu’il veut, en échange d’Israël et des États-Unis qui éliminent l’Iran.

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