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dimanche 6 mai 2018

Hassan Nasrallah : l'agression tripartite contre la Syrie est un aveu d'impuissance

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 15 avril 2018, suite aux frappes de Washington, Londres et Paris contre la Syrie.



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Transcription :

[…] Durant les derniers jours, et face aux menaces du Président Trump et à ses Tweets, le monde entier vivait dans un état d’inquiétude, comme j’en ai parlé vendredi, ainsi que la région. Avant l’aube de samedi, dans le monde et dans la région, il y avait (une vive) inquiétude. Pourquoi dans le monde également ? Parce que personne ne savait ce que serait l’ampleur des frappes, l’ampleur de l’agression, et dans quelle mesure elles pourraient mener à une confrontation (directe) entre les Etats-Unis et la Russie. Et cela ne serait pas resté limité à la Syrie, et aurait pu s’étendre à d’autres endroits du monde. 
Quoi qu’il en soit, il y avait un grand niveau d’inquiétude dans le monde et dans la région. Et il y avait également de très grands rêves et espoirs pour Israël, pour certains Etats régionaux, et pour les groupes armés terroristes takfiris en Syrie qui ont échoué et perdu la guerre durant 7 ans. De très grands, d’immenses espoirs (étaient fondés sur cette intervention).

Eh bien, quoi qu’il en soit, j’ai déjà rappelé par le passé que nous sommes face à un nouvel exemple, une nouvelle preuve, une nouvelle expérience d’arrogance de l’administration américaine qui s’autodésigne enquêteur – bien sûr, ils ne mènent aucune enquête, et n’ont que le nom d’enquêteur –, procureur général, juge qui rend les jugements et bourreau qui applique les jugements.
 
Eh bien, pourquoi se sont-ils précipités samedi à l’aube ? L’une des raisons importants est que samedi – c’est-à-dire hier –, la première partie de l’équipe de recherche de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) devait arriver (en Syrie), et dimanche, aujourd’hui, la deuxième partie devait arriver à Damas. Samedi et dimanche, il était prévu que l’équipe de l’OIAC, rattachée à l’ONU, devait se rendre à Douma et faire des prélèvements sur le sol, le lieu, les personnes qui auraient prétendument été touchées par des armes chimiques, et présenter leur analyse. Et puisque Trump sait que ce qui s’est passé à Douma est une véritable mise en scène, que le Président français sait que c’est une mise en scène – et il est étrange que les Français ont aujourd’hui reconnu que leurs preuves sont (uniquement basées sur) les réseaux sociaux et les films qu’ils y ont vus. Parce qu’ils savent (pertinemment) qu’il s’agit d’une mise en scène, ils se sont précipités vers l’agression avant que l’équipe de l’OIAC n’arrive à Douma. Et il faut bien sûr longuement s’arrêter sur cela. Ils n’ont attendu ni (l’aval du) Conseil de Sécurité, ni de quiconque. Et c’est une autre preuve du niveau d’arrogance des Etats-Unis, de leur despotisme, de leur tyrannie et de leur mépris souverain.
 
Bien sûr, je parle des Etats-Unis et n’évoque pas la France et la Grande-Bretagne, car ils sont (complètement) soumis aux Etats-Unis. Dans cette agression, ils étaient de simples auxiliaires et n’avaient pas de décision indépendante. On ne les a inclus que pour donner l’illusion (d’une coalition internationale), pour qu’on ne dise pas qu’il s’agit seulement des Etats-Unis mais qu’on prétende qu’il s’agit de l’Occident, d’une partie importante de la communauté internationale. Et le nombre de cibles qui ont été frappées samedi à l’aube ne nécessitaient pas la participation des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. Ce n’est que pour donner une coloration (internationale à un acte unilatéral). C’est pour ça que je ne vais parler que des Etats-Unis.
 
Eh bien, l’agression a eu lieu, très bien. Nous attendions tous cette agression, et prenions en compte toutes les éventualités. Et ce qui est apparu… C’est pour cela que vendredi, je n’ai pas énuméré les différentes hypothèses, car comme dit le proverbe, telle chose vaut tant aujourd’hui, mais sera gratuite dans deux jours. Il suffisait d’attendre quelques jours pour voir ce qui allait se passer. Mais naturellement, en Syrie et dans l’Axe de la Résistance – la Syrie, l’Iran, et les mouvements de Résistance, le Hezbollah, plus l’allié russe – nous partions du principe que toutes les éventualités étaient possibles, car on ne sait pas quelle décision ce (fou de) Trump prendra en fin de compte.
 
Eh bien, les choses se sont arrêtées à l’agression tripartite qui a eu lieu samedi à l’aube. Ils ont frappé un nombre limité de cibles, 3 cibles, pas plus, voire 4 au maximum – et il y avait même une cible qui a été déclarée comme telle, mais qu’aucun missile n’a atteint, soit parce qu’ils ont été interceptés, soit parce que ce n’était pas une cible. Nous n’allons pas entrer dans ce débat. L’agression a donc eu lieu contre un nombre limité de cibles qui, malgré leurs affirmations, entre parenthèses n’avaient aucune relation avec les armes chimiques, comme j’y reviendrai dans un instant.
 
Bien sûr, ici, il faut enregistrer la réaction remarquable et exceptionnelle des forces de défense anti-aérienne de l’Armée Arabe Syrienne. C’est la vérité. Il y a des personnes qui veulent qu’on soit modeste et discret à ce sujet, mais je vous déclare, au nom de vos frères, les jeunes combattants du Hezbollah en Syrie,  qui attestent de ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux, et qui vous disent la vérité. Oui, la défense anti-aérienne syrienne est parvenue à intercepter un grand nombre de missiles, et à les empêcher de parvenir à leurs cibles. Et c’est un exploit militaire très grand et très important. Et avant même d’intercepter les missiles ou pas, le fait même que ces officiers et soldats syriens soient restés à leurs armes, à leurs postes, sous cette agression aérienne qui a duré près d’une heure, démontre le niveau de courage et de discipline, et l’âme de loyauté, de dévotion et de défi que possède l’Armée Arabe Syrienne, dont certains s’évertuent sans cesse à casser le moral et la détermination. Et nous témoignons de ce comportement, de cet esprit et de ce courage louables.
 
La scène a donc pris fin. Un certain nombre de missiles a été abattu. Certaines cibles ont été frappées, et certaines d’entre elles – voire toutes – étaient vides. Et certaines de ces cibles avaient déjà été frappées par le passé. Elles n’étaient pas seulement vides, elles avaient déjà été frappées par le passé. Voilà tout (en ce qui concerne cette agression).
 
Je m’arrête sur cet événement pour dire deux mots. Si nous considérons rapidement tous les objectifs allégués (de ces frappes) dont il a été question dans les médias américains, français, britanniques, arabes et surtout du Golfe, et même les espoirs et aspirations qui ont été fondées sur cette agression, pour voir ce que sont ces objectifs hypothétiques et si ils ont été réalisés. Sommes-nous face à une victoire, comme ils essaient de le présenter, ou face à un échec ?
 
Premier (objectif allégué de ces frappes), l’intimidation pour que (la Syrie) se soumette, cède au racket et fasse des concessions. Cela ne s’est pas produit, ni avant la frappe, ni après la frappe. Par conséquent, si tel était l’objectif, il n’a pas été réalisé.
 
Deuxième (objectif allégué de ces frappes), terroriser et briser le moral des Syriens et de leurs alliés : le peuple syrien, les dirigeants syriens, l’Armée Syrienne, on vient vous frapper, vous briser, vous laminer, de sorte à ébranler et écraser votre détermination et votre moral. Quel fut le résultat ? Aujourd’hui, le peuple syrien, l’Armée syrienne et les dirigeants syriens, après avoir considéré les résultats de la frappe, leur moral est plus grand, plus fort, plus résolu. Leur confiance en eux-mêmes, en leurs dirigeants, en leur armée, en leurs officiers, en leurs soldats, en leurs armes est plus forte que jamais auparavant.
 
Troisième (objectif allégué de ces frappes), s’il s’agissait de remonter le moral des groupes terroristes, des groupes armés, afin qu’ils puissent, après la frappe et l’agression, comme on voulait vraiment le préparer sur plus d’un front, reprendre l’offensive, que ce soit dans le sud, dans la région de Deraa, ou en direction de Palmyre depuis la base d’Al-Tanf, ou sur la ligne de front de Deir-Ezzor / Boukamal, ou au nord de Hama, à Idlib ou à l’Ouest d’Alep, quels furent les résultats ? Le moral reste à zéro, et l’accablement est même accru. Je suivais les événements en temps réel, depuis avant les frappes jusqu’à des heures après qu’elles aient eu lieu – les médias, le terrain et tous les détails. Et j’ai bien vu les espoirs déçus qu’ont exprimé les dirigeants des groupes armés, ainsi que ceux de ce qu’on désigne comme « l’opposition syrienne » qui résident dans des hôtels à l’étranger. Ils étaient abattus. « C’est tout ? Tels sont les résultats ? Voilà tout ? » Et certains pays étaient également dans cet état.

Quatrième (objectif allégué de ces frappes), s’il s’agissait de changer l’équation en faveur d’Israël, ou de changer l’équation en faveur de certains pays régionaux, ceux-ci ont également vu leurs espoirs déçus. Je vous rapporte un commentaire synthétique israélien : « Les menaces de Trump et ses missiles ‘beaux’ – les Israéliens se moquent de lui –, ‘nouveaux et intelligents’, nous avons vu que c’étaient de beaux missiles, mais leurs résultats sont zéro. Zéro. » Voilà l’évaluation israélienne, qui imaginaient que les avions américains, français et britanniques allaient venir détruire l’aviation et les défenses anti-aériennes syriennes, frapper les endroits où se trouvent les Gardiens de la Révolution (Islamique d’Iran), le Hezbollah, et le reste des alliés. Tels étaient les attentes d’Israël et de certains pays régionaux. 

Si l’objectif était de frapper l’infrastructure, cela ne s’est pas produit. Si l’objectif était de frapper les bases des forces armées, cela ne s’est pas produit. Si l’objectif était – je laisse la question chimique pour la fin – de faire pression sur la Syrie et sur ses alliés pour accélérer la résolution politique du conflit, je considère que ce qui s’est passé samedi à l’aube va compliquer la résolution politique. Je me contente de ce mot. Cela compliquera la résolution politique, entravera les relations internationales, comme c’est déjà le cas, et compliquera les pourparlers de Genève, si cela ne les fait pas complètement capoter. Nous obtenons donc l’inverse des objectifs allégués.

En dernier lieu, qu’ont-ils déclaré ? Ils ont dit que leur objectif n’était pas de frapper le régime, ni de frapper l’armée, ni…, ni…, ni de se venger, mais on voulait seulement empêcher… frapper l’infrastructure des armes chimiques en Syrie. O mon frère, il n’y a aucune telle infrastructure, c’est couru d’avance, ce sont des illusions, des accusations mensongères. Et je vous affirme que cette accusation va (malgré tout) persister. A chaque prochaine victoire, on pourra voir une mise en scène chimique, et une agression de ce genre. Nous nous attendons à de telles choses à l’avenir.

Tout comme pour l’histoire de l’arme nucléaire iranienne. Malgré le fait que les rapports de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) aient attesté que l’Iran n’œuvre pas à la fabrication d’armes nucléaires, que son Eminence l'Imam Khamenei, Dieu le préserve, dans ses discours quotidiens, affirme avec sa crédibilité religieuse et politique que la fabrication de l’arme atomique est illicite, et que tous les indices, données et preuves confirment que l’Iran n’a jamais recherché et ne recherchera pas la possession ou la fabrication de l’arme nucléaire, et que (ses accusateurs) n’aient aucune preuve, l’Iran est assiégée et subit des sanctions internationales, auprès du Conseil de sécurité et de l’administration du fait d’accusations mensongères. Et aujourd’hui, en Syrie, cette accusation (d’utilisation d’armes chimiques) continuera à être portée contre le régime, l’armée et l’Etat, ainsi que la capacité de la Syrie à affronter (les groupes armés). Donc si c’était là un objectif, il était couru d’avance, car il n’y avait rien. Vous êtes venus frapper du vent. 

Le point le plus important auquel je veux arriver en conclusion est la raison de cette frappe limitée. Pourquoi cette frappe limitée ? Malgré le fait que nous savons de manière irréfutable et décisive que des Etats du Golfe, durant les jours et les heures qui ont précédé ces frappes, exerçaient les plus fortes pressions sur l’administration américaine, avançant des sommes d’argent colossales pour qu’une opération militaire de grande envergure soit menée contre la Syrie. (Ils demandaient) des frappes contre l’armée, l’aviation, le Ministère de la Défense, le Palais présidentiel, etc. Pourquoi cette frappe limitée alors que nous savons que le lobby sioniste aux Etats-Unis œuvrait nuit et jour à ce que la frappe soit dévastatrice, aussi violente que possible, au point de changer les équations dans le conflit en Syrie. Pourquoi est-ce que la direction américaine n’a-t-elle pas opté pour une vaste opération plutôt qu’une frappe limitée ? Du fait des disputes et des débats qui avaient lieu entre les politiciens et les conseillers d’une part, et le Ministère de la Défense et le Pentagone. 

Soyez attentifs à ce point, à son importance, puis je conclurai. Quel est le point précis (de débat) ? Les militaires américains savent très bien qu’une vaste offensive et une opération de grande envergure contre le régime, l’armée (syrienne) et les forces alliées présentes en Syrie n’auraient pas de fin et ne pourraient pas aboutir. Le Ministère de la Défense et les chefs de l’armée américaine sont responsables de la sécurité de leurs officiers, de leurs soldats et de leurs bases dans la région, et ils savent très bien qu’une agression de grande ampleur de cette nature embraserait toute la région, et la ferait exploser complètement. Et c’est pourquoi ils ont agi raisonnablement. Et le résultat a été la limite qu’ont accepté le Pentagone, le Ministère de la Défense et l’armée. Car si les choses avaient été laissées entre les mains de Trump, de Bolton, de certains pays régionaux, d’Israël et des lobbies actifs aux Etats-Unis, nous aurions vu une agression très différente. 

Où est-ce que je veux en venir ? Je veux en venir au résultat suivant : c’est là un véritable aveu militaire et sécuritaire américain quant à la force de l’Axe de la Résistance, de sa capacité à faire face, et à tout le moins à infliger de lourdes pertes à quiconque pense à une lancer une agression dans la région, pour ne pas dire de leur infliger une défaite (cuisante), comme cela s’est passé dans toutes les batailles précédentes. Cette expérience qui s’est produite samedi à l’aube, par ses résultats, doit nous rendre encore plus confiants dans notre force, dans notre existence, dans notre Axe, dans notre capacité à faire face et à combattre, et du caractère (très) limité des choix de l’adversaire, bien qu’il dispose de moyens colossaux. On peut avoir des capacités colossales, mais des choix (très) limités. 

Nous avons dépassé ce stade, mais cette guerre n’est pas finie, cette bataille n’est pas finie, même si nous sommes sur la voie de la victoire. […]

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