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lundi 25 juin 2018

Après avoir échoué en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen, l’Arabie saoudite cherche à remporter une « victoire » en Palestine

Par Elijah J. Magnier, le 24 juin 2018  

Traduction : Daniel G.
 

L’Arabie saoudite cherche à remporter une « victoire » après les échecs répétés de sa politique étrangère au Moyen-Orient. En Syrie, la monarchie pétrolière n’a pas réussi à faire tomber le régime, malgré les dizaines de milliards de dollars dépensés à cette fin. Elle a fait sortir les djihadistes de leurs prisons et a facilité leur déplacement au Levant pour faire de la Syrie un « État en déliquescence » qui aurait été incapable de s’opposer à l’expansion du wahhabisme et d’Israël. Au Yémen, plus de 40 000 personnes ont été tuées par les bombardements aveugles des Saoudiens et des Émiratis contre le pays musulman le plus pauvre du Moyen-Orient. Résultat : 22 millions de personnes ont de toute urgence besoin d’aide humanitaire, selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. En Irak, le gouvernement central à Bagdad est parvenu à éviter la partition de la Mésopotamie, ce qui pourrait être la plus grande déception des Saoudiens. Au Liban, les alliés des Saoudiens n’ont pas obtenu la coalition la plus forte aux élections parlementaires, remportées par les alliés de l’Iran. Le seul dossier que les Saoudiens peuvent faire avancer, c’est celui de la Palestine.

Le quotidien israélien Maariv a fait état d’une réunion secrète entre le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu au palais royal jordanien à Amman la semaine dernière. On a laissé filtrer la nouvelle dans les journaux, ce qui est typique des Israéliens pour éviter toute responsabilité directe. Israël cherche clairement à tirer avantage de la présidence de Donald Trump pour obtenir le plus de concessions possible, des concessions qu’aucun autre président des USA n’avait accordées jusqu’ici. Trump a commencé par proférer des menaces contre les dirigeants arabes, plus particulièrement à l’endroit des monarchies pétrolières, en alléguant qu’elles n’étaient au pouvoir que grâce à la protection que son armée lui accordait, et que si elles voulaient continuer de jouir de cette protection… La menace était et demeure claire.

Trump est ensuite allé plus loin, en imposant des factures salées à l’Arabie saoudite qualifiées « d’accords commerciaux ». Il a aussi tiré avantage de la soumission arabe et de l’acceptation de cette relation à sens unique en tenant la bride haute au jeune prince héritier saoudien pour forcer l’établissement rapide de relations entre les Saoudiens et Israël. Pour protéger son royaume, l’Arabie saoudite a non seulement envoyé une délégation à Israël, mais a aussi fermé les yeux sur la reconnaissance, par les USA, de « Jérusalem, capitale d’Israël ».

Le Bahreïn, Les Émirats arabes unis (EAU) et le Qatar ont déjà affiché leurs relations avec Tel-Aviv. Mais c’est en Arabie saoudite que se trouve la « pierre noire », « Maison sacrée de Dieu » à la Mecque construite par Abraham, que des dizaines de millions de musulmans visitent chaque année. Par conséquent, la réunion rapportée entre le futur roi et le premier ministre Netanyahu a toute son importance. C’est le point de départ de l’intégration et de la reconnaissance plus officielle d’Israël par les Saoudiens. Cela fait sans doute partie de ce que Trump et Israël préparent et qualifient « d’accord du siècle ».

En fait, les USA se préparent à annoncer unilatéralement cet « accord du siècle », unilatéralement parce que les principaux concernés, les Palestiniens, refusent tout accord établissant Jérusalem comme capitale israélienne, empêchant le droit au retour des réfugiés palestiniens, et divisant Gaza de la Cisjordanie. Comme prévu, Trump demandera à l’Arabie saoudite (et aux Émirats) de financer cet « accord » en offrant des incitatifs financiers à l’Autorité palestinienne, sans quoi des sanctions plus lourdes seront imposées. Les USA ont déjà retranché 65 million de dollars à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) cette année. Israël accuse l’UNRWA de contribuer à la croissance du nombre de réfugiés palestiniens plutôt qu’à leur réduction. Cette plainte formulée par Israël vise à rejeter la possibilité même d’un retour de tous les réfugiés en Palestine.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a boycotté et critiqué durement l’administration américaine depuis la reconnaissance illégale de Jérusalem comme capitale d’Israël. C’est à ce niveau que la participation de l’Arabie saoudite est la plus nécessaire. Abbas a refusé de rencontrer Jared Kushner, conseiller principal et gendre du président américain Donald Trump, et Jason Greenblatt, représentant spécial de Trump pour les négociations internationales. Abbas sait qu’il ne peut prendre aucune décision allant au-delà de son pouvoir personnel, quelle que soit la pression américaine ou saoudienne sur sa position en Palestine.

Le soutien par les pays du Golfe de la décision de Trump à l’égard de Jérusalem et de tous ses autres choix politiques qui avantagent Israël au détriment des droits des Palestiniens contribue à isoler davantage l’Arabie saoudite des populations arabes et musulmanes (par opposition à leurs dirigeants). Israël et les USA font participer l’Arabie saoudite pour donner une légitimité officielle à leur « accord du siècle ». Il convient de rappeler que la Palestine est en feu depuis que Trump a déclaré que Jérusalem était la capitale d’Israël. Les Palestiniens vont continuer d’envenimer la situation sur le terrain, peu importe les pertes de vie, parce qu’on leur demande de renoncer à leurs droits. Ils n’y renonceront jamais, au grand jamais, que l’Arabie saoudite donne ou non son assentiment à tous les rêves d’Israël.

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane a les moyens de mettre de la pression sur le gardien hachémite des lieux saints de Jérusalem, le roi Abdallah de Jordanie, en usant de son pouvoir financier pour proposer des solutions à la crise économique jordanienne. Mais l’Arabie saoudite ne pourra jamais livrer Jérusalem à Trump ou même à Netanyahu, parce qu’al-Aqsa appartient à tous les croyants, pas seulement aux Palestiniens.

Il peut paraître incroyable que l’Arabie saoudite ne réalise pas qu’elle pousse les Palestiniens dans les bras de l’Iran, qui est le seul pays, avec la Syrie et ses alliés de « l’Axe de la résistance », à refuser l’hégémonie des USA, malgré les menaces de Trump. Forcer la main des Palestiniens ne donnera pas de résultat positif. Cela ne fera qu’exacerber l’agitation en Palestine et qu’augmenter le nombre d’excuses « légitimes » qui aideront les djihadistes du Moyen-Orient à attirer de nouvelles recrues pour combattre les pays qui se sont soumis aveuglément à la volonté des USA et d’Israël au mépris de celle du peuple, à leur propre péril.

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