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lundi 19 novembre 2018

Algérie : la chaîne Ennahar incite à la haine contre les chiites

Reportage et débat de la chaîne d'informations Ennahar, première chaîne algérienne, 21 novembre 2017.

Sources : https://www.youtube.com/watch?v=Dn3n3sv4vr0, https://www.youtube.com/watch?v=clMqebsjiOA


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Au moment où les forces iraniennes, irakiennes et le Hezbollah, aux côtés de l'armée syrienne et de l'aviation russe, annihilaient les derniers résidus de Daech, ce cancer terroriste takfiri qui a entièrement détruit des pays et a tué des centaines de milliers de musulmans, la première chaîne d'informations algérienne, Al-Nahar, a lancé sa propre bataille contre le « terrorisme », en diffusant des reportages comme celui-ci, qui ont effectivement une importance capitale...


La chaîne sensationnaliste Al-Nahar sème la discorde entre les musulmans, en dénonçant une conspiration imaginaire pour inciter les Algériens contre les chiites. Et ce alors que le chiisme est une école reconnue de l'Islam, qui ne lance ni de takfir, ni d'incitation sectaire, et que les pays et mouvements chiites ne combattent que l'occupation américaine et sioniste et leurs instruments au Moyen-Orient. Et face à cela, l'Algérie est inondée de livres wahhabites qui ont fortement influencé les esprits, mais personne ne le dénonce, malgré le fait que cette pensée soit au fondement de la création et de la barbarie de Daech.

N'y a-t-il pas de problèmes plus graves et plus importants que le chiisme en Algérie, surtout que le nombre des chiites n'y dépasse pas les quelques milliers sur une population de 40 millions ? La chaîne Ennahar se soucie-t-elle vraiment de la sécurité et de la dignité nationales et du bien-être du peuple algérien, ou ne se soucie-t-elle que des ordres de ses maitres en Arabie Saoudite ? De telles pseudo-informations dénigrent et offensent l'Algérie. D'autant plus que la politique étrangère de l'Algérie est indépendante de Riyad : refus de participer à la guerre barbare contre le Yémen, refus de considérer le Hezbollah comme une organisation terroriste... Heureusement, durant un débat en direct, deux invités de qualité ont pu démasquer la propagande d'Ennahar, au point que le journaliste, partial et défendant mordicus l'agenda saoudien, a été démasqué et est resté muet. Le Cheikh, particulièrement médiocre et imperméable à toute argumentation, a pour sa part continué ses vitupérations grotesques jusqu'à la fin.


Transcription : 

Reportage

Ce que vous voyez n'est pas en Irak ou en Iran, mais c'est ce qui a été saisi par la police des frontières à l'aéroport international Houari Boumédiène (à Alger). Des livres issus de ce que les chiites appellent la source de Hussein, ainsi que des drapeaux qui honorent Hussein, que Dieu l'agrée. 

La propagation énorme du chiisme en Algérie est en forte augmentation. La vigilance et la sagacité des agents de sécurité lui font face. La police des frontières de l'aéroport international Houari Boumediène a arrêté plus de 400 personnes en moins de deux semaines, qui revenaient de la ville de Karbala en Irak, après avoir célébré 'Achoura et le 40e jour (consécutif au martyre) de Hussein.
 
Cheikh Ali Ayya : « Ce complot maçonnique international [sic] vise à détruire certains Etats où la sécurité et la stabilité était encore préservées et comment... par quel moyen, de quelle manière peuvent-ils détruire notre unité et nous diviser et semer l'hostilité même entre le père et la mère, les frères et sœurs, les amis, les voisins, les imams et les fidèles... ? C'est en répandant ce courant religieux (le chiisme). Nous rendons hommage à la police, à l'armée et à la douane. Sans eux, en vérité, nous aurions disparu de ce monde.  »
 
Les Algériens qui vont à Karbala s'y rendent par des voies tortueuses, pour échapper à la surveillance des forces de sécurité. Ils prennent des billets indirects pour l'Irak, passant par d'autres pays [il n'y a pas de ligne directe Alger-Baghdad...].


Débat

Journaliste (Yasser Larabi) : Bonsoir à tous où que vous soyez, et bienvenue sur notre débat en direct, qui vous est présenté par la première chaîne d'information algérienne. La police aux frontières de l'aéroport Houari Boumediène a réalisé une opération exceptionnelle de la première importance, en saisissant un certain nombre d'objets, de drapeaux, de livres, de brochures, de morceaux de tissu qui vantent le chiisme. Voilà l'histoire : environ 400 Algériens ont voyagé d'Algérie vers Karbala, en Irak, ainsi qu'en Iran, afin de célébrer 'Achoura, et sont revenus d'Irak avec des objets et des artefacts liés au dogme chiite. L'opération exceptionnelle de la police aux frontières, comme vous le voyez sur ces images sur la chaine Al-Nahar, à permis de faire une saisie exceptionnelle de toutes sortes d'objets visant à répandre le chiisme. [...] Tous ces objets saisis prouvent-ils qu'il y à un projet pour convertir l'Algérie au chiisme et étendre la marée chiite au Nord de l'Afrique ? Qui se tient derrière ce complot ? On entendait toujours les responsables religieux parler de tels projets, mais cette opération exceptionnelle de la police aux frontières algérienne a prouvé au-delà de tout soupçon que ce projet existe et qu'il est extrêmement puissant. Comment y faire face ? Qui se tient derrière tout ça ? Y a-t-il des religieux ou des responsables qui soutiennent cette marée chiite ? Où est la mobilisation pour combattre l'extrémisme dont parle le ministre des affaires religieuses ? Doit-on attendre d'être inondés par ces mouvements et ces courants sectaires qui n'ont aucune place en Islam et dans nos contrées ? Que serait-il advenu de l'Algérie si la police n'avait pas saisi tous ces objets ? Comment peut-on aider les forces de sécurité à repousser ces idées qui infestent la religion musulmane et ces complots qui visent à morceler l'Algérie en plusieurs sectes, et à répandre la sédition parmi les autorités religieuses algériennes ?

Pour en débattre, j'accueille l'ex-conseiller du Ministre des Affaires religieuses Adda Fellahi, et le Cheikh Ali Ayya. [...] 

Adda Fellahi : (En Algérie), le cursus de formation des imams et des religieux est fondé sur [l'apprentissage] des traditions [et du Coran] et n'accorde aucun poids, aucune place et aucune importance au savoir, à la réflexion et à la philosophie. Et en l'occurrence, ce dont on parle, c'est d'une bataille d'idées, de confrontation des esprits, à l'époque de la technologie. Mais que le Cheikh me permette de m'exprimer sans langue de bois sur le plateau : lorsqu'il pousse des cris au sujet du chiisme qui menacerait les autorités religieuses, premièrement, il reconnaît que les autorités religieuses, d'une manière ou d'une autre, sont faibles et insignifiantes, car pour qu'une poignée de livres apportés par quelques personnes revenues de Arbaeen en Irak représente une menace pour les autorités religieuses, de simples brochures rapportées par quelques personnes et qu'ils s'échangent dans un cadre limité, cela menacerait les autorités religieuses ? C'est un aveu clair que nos imams ou nos Cheikhs ne sont bons qu'à diriger les 5 prières, et rien de plus. Ils ne sont pas capables de participer à des discussions et débats d'idées.

Mais avec tout mon respect pour le Cheikh, lorsqu'il s'efforce de nous faire peur sur la question du chiisme en Algérie...

Journaliste : Est-ce qu'il veut nous faire peur ? Est-ce qu'il veut nous intimider ?
 

Adda Fellahi : Oui, il essaye de nous intimider. Il fait partie de ceux qui veulent nous effrayer. Je dis quant à moi que par exemple, lorsque le Cheikh va en Arabie Saoudite, est-ce qu'il en revient les mains vides ? Je ne pense pas que lui ou d'autres personnes, lorsqu'ils reviennent d'Arabie Saoudite (ont les mains vides), bien sûr qu'ils ramènent des livres appartenant au mouvement salafiste ou wahhabite et appelant à la violence, à l'extrémisme et au takfir (accusation d'apostasie équivalant à une peine de mort). Je ne pense pas qu'il revient comme il est parti (les mains vides). Ce en plus du fait que récemment, les médias ont rapporté que le Cheikh a prononcé un discours ou donné une leçon à certains étudiants à Médine, et il a dit qu'ils allaient revenir (en Algérie après la fin de leurs études) pour remplir leur devoir de transmission du Message Saint. Qu'attendez-vous d'étudiants qui reviennent de Médine, formés au coeur du salafisme et du wahhabisme ? Quel sera le message national « Saint » qu'ils rapporteront (si ce n'est la doctrine wahhabite) ? 

Journaliste : C'est-à-dire que nous avons un problème aujourd'hui : des autorités religieuses divisées et contournées par certaines mouvements religieux. 

Adda Fellahi : Cela est évident. Et je dis que les instances religieuses, qu'elles soient officielles ou qu'il s'agisse de certains Cheikhs, je déclare qu'ils ont trahi les autorités religieuses nationales d'une manière ou d'une autre. Au sens où, dans les médias ou en apparence, ils ont l'air de défendre les autorités religieuses ou l'école malékite, y compris le ministre (des affaires religieuses) lui-même, mais de fait et intérieurement et dans les chambres closes, ils s'entendent avec les salafistes et les wahhabites. Pourquoi ? Car ils y a des dollars à prendre. Il y a un soutien financier (énorme)... 

Journaliste : Le Cheikh est présent (et peut répondre)... 

Adda Fellahi : Je n'ai pas accusé le Cheikh d'une telle chose, non. Je n'ai pas accusé directement le Cheikh, mais je pose un point d'interrogation, je soulève des questions (légitimes).

Journaliste : Laissons-le Cheikh y répondre. Je vous en prie. 

Adda Fellahi : Car les gens qui sont dans l'Axe saoudien n’œuvrent pas dans la voie de Dieu (bénévolement, ils sont grassement rémunérés). 

Journaliste : Donc vous voulez dire qu'en Algérie, il y a l'Axe saoudien et l'Axe iranien (qui s'affrontent). 

Adda Fellahi : Oui, mais c'est l'Axe saoudien qui a le gros morceau (une influence écrasante).

Journaliste : Oui ou non, est-ce que vous considérez que le danger en Algérie aujourd'hui est celui de la propagation du chiisme ?

Adda Fellahi : Non, le danger en Algérie vient des Algériens. 

Journaliste : Il n'y a pas de danger de propagation du chiisme ? 

Adda Fellahi : Non, il n'y a pas de danger de propagation du chiisme. 

Journaliste : Il n'y a pas de danger chiite ?

Adda Fellahi : Il n'y a pas de danger chiite. 

Journaliste : Cheikh, il n'y a pas de danger chiite ?

Adda Fellahi : Et quiconque prétend qu'il y a un danger chiite travaille pour l'agenda de l'Axe saoudien. Et nous espérons que cet Axe se réveillera un jour face à la question d'Israël et de la normalisation des relations entre l'Arabie Saoudite et Israël. Et ce avec la bénédiction des autorités religieuses d'Arabie Saoudite. 

Journaliste : Cheikh, pouvez-vous répondre à cette affirmation selon laquelle il n'y a pas de danger de propagation du chiisme ? 

Cheikh Ali Ayya : Je te dis et je diiiiiis : l'Algérie est en danger mortel du fait des croyances (chiites) destructrices qui sont répandues et nous devons tous y faire face : l'armée, les forces de sécurité, les imams, les enseignants et professeurs, sans quoi nous serons frappés par (la destruction) qui a frappé les autres pays. Je le jure par Dieu, je n'ai pas aussi peur pour l'Algérie du fait de l'économie et de la misère (causée par l'inflation, etc.) que du fait des croyances extrémistes des chiites et d'autres sectes. Et la normalisation des relations avec Israël, qu'est-ce que tu en dis ?

Adda Fellahi : Et la normalisation des relations saoudiennes avec Israël ? 

Cheikh Ali Ayya : Ce n'est pas vrai, il n'y a rien de tel.
 
Adda Fellahi : Et ce avec la bénédiction des savants de l'Arabie Saoudite. 

Cheikh Ali Ayya : Je n'ai rien entendu de tel.
 
Adda Fellahi : Tu es donc favorable à cette normalisation. 

Cheikh Ali Ayya - Non, je ne suis pas favorable à la normalisation. 

Adda Fellahi : Si. 

Cheikh Ali Ayya : Je ne suis pas favorable à la normalisation. 

Adda Fellahi : Tu es favorable à cette normalisation.

Cheikh Ali Ayya : Je suis le seul qui parle de la Palestine ! Je parle d'Al-Quds (Jérusalem) ! 

Adda Fellahi : Tu préviens contre le danger du chiisme, et tu ne préviens pas contre le danger de la normalisation avec Israël. 

Cheikh Ali Ayya : Les wahhabites et les salafistes ne me parlent même pas ! Les salafistes ne me retournent même pas le salam quand je les salue dans la rue !

Adda Fellahi : Nous ne t'avons pas vu élever la voix au sujet de la normalisation... 

Cheikh Ali Ayya : Il n'y a pas de normalisation ! 

Adda Fellahi : Il y a une normalisation des relations de l'Arabie Saoudite avec Israël, avec la bénédiction des savants sunnites saoudiens. 

Cheikh Ali Ayya : Le jour où il y aura la normalisation, on parlera. 

Adda Fellahi : Non, Cheikh, vous êtes de mèche avec eux. 

Cheikh Ali Ayya : Non, non. 

Adda Fellahi : Je considère que toute tentative de faire peur au sujet du chiisme en Algérie et ailleurs est un service rendu à l'agenda saoudien. 

Cheikh Ali Ayya : Regardez ce qui se passe au Yémen. Regardez ce qui se passe en Syrie. Regardez ce qui se passe en Irak [Daech est chiite ?]. 

Adda Fellahi : Il est impossible que quelques livres de poche ou quelques brochures constituent un danger. 

Cheikh Ali Ayya : Ils démolissent la doctrine apportée par (le Prophète) Muhammad ! C'est une menace pour la croyance ! [...] 

Journaliste : Je me rends directement auprès de mon invité téléphonique, le Professeur Abd-al-Hafid Qurtil, conseiller légal de la chaîne Al-Nahar. Bonsoir, Professeur. Vous avez suivi la première partie du débat. Quelques personnes, ou plus de 400 personnes sont venues ou revenues d'Iran et d'Irak, où ils ont célébré ou commémoré ce qu'on appelle l'Arbaeen de Hussein et Ashura, avec des rites et actions bien connus qu'on voit dans les médias [référence aux pratiques sanglantes et condamnées d'une infime minorité de chiites] et ils ont rapporté dans leurs bagages des objets, des drapeaux, des photos, des livres, des morceaux de tissus à l'effigie des personnalités politiques des pays chiites [Hassan Nasrallah, Ali Khamenei...] et également des Imams chiites (Imam Ali, Imam Hussein, etc.). Que dit la loi à ce sujet, et y a-t-il des textes qui les condamnent clairement ? 

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Vous me parlez de la loi, mon cher monsieur, mais la Constitution (algérienne) protège la liberté de croyance. Nous ne devons pas oublier cela. Le socle essentiel et le texte de lois suprême, la Constitution, garantit la liberté de croyance. De plus, vous ne parlez pas d'une autre religion. Car (même avec les chiites), nous parlons toujours de musulmans. Ils peuvent êtres différents en ce qui concerne leur école et beaucoup de choses, mais en premier et dernier lieu, ce sont des musulmans.

Si vous voulez parler de la loi qui s'applique aux slogans religieux des religions autres que l'Islam et qui a été promulguée il y a plus de 10 ans, elle parle des non-musulmans, des autres religions (et non des chiites), qui doivent se soumettre aux lois algériennes pour la création de leurs organisations, la pratique de leurs rites, leurs réunions, la demande de construction d'une église, la fondation d'une association, etc. Mais cette loi ne concerne nullement l'école ahmadite, l'école chiite, l'école karkarite ou aucune des écoles dont on entend parfois parler.

Il y a donc un vide juridique. Même les sectes qui ont été condamnées à travers le pays l'ont été sur la base du droit commun, du droit pénal, pour avoir collecté de l'argent de manière illégale, pour des associations et réunions sans autorisation... Mais en ce qui concerne les doctrines, aucune loi ne les condamne, même s'agissant de chrétiens et de juifs.


Journaliste : Professeur Abd-al-Hafid, ces personnes qui sont revenues d'Irak et d'Iran, il est possible que personne n'ait le droit de leur demander des comptes (pour avoir voyagé) mais que dit la loi au sujet des objets saisis qui, naturellement, ont été ramenés d'Irak pour propager cette école ?

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Non... Ces objets, je vous le dis, si c'était des croix ou autres, je dirais peut-être... Mais si quelqu'un rapporte un drapeau sur lequel est écrit « A tes ordres, ô Hussein ! ». Pour moi, il n'y a aucun problème avec le propos « A tes ordres, ô Hussein ! ». Sais-tu qui est (l'Imam) Hussein ? [Petit-fils du Prophète massacré par l'armée musulmane pour avoir refusé l'allégeance au tyran Yazid b. Mu'awiya] Il ne faut pas en arriver là. On ne peut pas combattre les idées par la force. On ne peut pas combattre les idées par la prison. Ce phénomène est comme les boat-people, le suicide, etc. On ne peut combattre des idées ou doctrines que par la pensée, et non par l'emprisonnement. Les lois ne font qu'organiser...

Par exemple, vous pensez qu'une personne qui apostasie l'Islam et devient chrétienne, si vous l'emprisonnez et le châtiez, vous croyez qu'il va redevenir musulman ? En aucun cas ! Les lois ne font qu'organiser les religions de manière générale, mais « Nulle contrainte en religion »  (Coran), c'est bien connu. On revient au postulat de base : la liberté de croyance est garantie (par la Constitution). Il ne faut pas laisser croire que les musulmans imposent leur religion aux gens, il ne faut pas permettre que les autres nations voient l'Islam comme la religion de la violence et de la coercition. Ce n'est pas le cas. C'est la religion de la conviction et de la réflexion.

Et c'est ainsi que sont les lois. Avant d'être promulguées, les lois sont des idées avant tout, qui sont promulguées ensuite. Il ne faut pas que les gens pensent que la loi et la justice mènent systématiquement en prison, en garde à vue, etc. En aucun cas. Les lois et la justice et toutes les institutions étatiques sont des institutions (de débat) d'idées avant tout. Il n'est pas raisonnable de vouloir convaincre les gens de ces choses (croyances). En dernier lieu, si une résolution des Etats-Unis ou des pays européens est rendue contre nous, nous ne serions pas contents d'être accusés d'imposer l'Islam aux gens. Il serait très difficile de promulguer une loi entravant la liberté de croyance.


Journaliste : Mais Professeur Qurtil, il y a un problème très dangereux. Si on permet (tous) les slogans religieux, si nous ne prenons pas de mesures contre la propagation de courants religieux (comme le chiisme), même s'ils sont musulmans –les savants ne sont pas d'accord à ce sujet–, cela nous mène à la question des minorités et de leur propagation. Et la question de la propagation de courants minoritaires nous mène à la question du séparatisme [sans blague]. Ne voyez-vous pas qu'il est nécessaire de promulguer une loi empêchant ou pénalisant de telles actions, ne serait-ce que pour préserver notre pays de la dislocation ?

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Mais Monsieur, peut-être que vos invités seront d'accord avec moi, savez-vous qu'il y a beaucoup d'athées dans notre pays, des gens qui ne croient pas en Dieu ? 

Journaliste : Bien sûr, bien sûr. 

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Car si on parle de ce que doit châtier la loi et des religions, cela concerne tous les Algériens (et pas seulement les chiites). Il y a des athées en Algérie, et il y a... 

Journaliste : Mais l'athée ne divise pas notre pays. L'athée ne disloque pas notre pays, mais les projets (d'expansion) de l'Etat perse à travers l'histoire [sic], qu'on voit actuellement en Irak et au Liban, vont dans la direction du séparatisme et des minorités. 

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Vous envisagez donc la question du point de vue de la sécurité nationale. S'il y a des préoccupations de l'ordre de la sécurité nationale, il faut que des lois (claires) soient promulguées en ce sens. Car sans lois, soyons francs, (persécuter les chiites) serait une atteinte à la Constitution et aux lois. Vous devez savoir qu'aucune sanction ou mesure ne peut être prise sans l'existence d'une loi. On ne peut rien faire, sauf s'il y a une loi (qui le permet). Sans loi, aucune procédure ne peut être menée contre ces (Algériens chiites). Aucun procès ne pourra être mené à terme.

Journaliste : Très bien.

Professeur Abd-al-Hafid Qurtil : Il n'y a aucune loi qui punisse ces choses. Même si vous les amenez au tribunal, ils vous rétorqueront qu'ils sont musulmans, qu'ils prient, font le Hajj, paient la Zakat et respectent tous les principes de l'Islam. Et vous parlez d'intentions alléguées (de séparatisme et de dissension), mais la loi ne punit pas les intentions, ni ne sonde les coeurs. [La loi ne peut punir que des actes répréhensibles concrets.] La question est très simple. 

Journaliste : Très bien. [...]

Adda Fellahi : J'ai remarqué qu'en Algérie, dans de tels dossiers, on s'est mis à se comporter de manière très arriérée, qui remonte au siècle dernier. Je parle de la manière de réagir face à ces (autres) écoles de l'Islam, et nous avons oublié que les réseaux de communication sont accessibles, de même qu'Internet, Facebook et les chaînes satellites. Par conséquent, il n'est pas acceptable qu'on continue à réfléchir comme au siècle dernier, ou comme dans les années 80, 90 ou même 2000. Il faut absolument changer les esprits. Et ces tentatives exagérées de nous faire peur, comme celle du Cheikh malheureusement, qui est supposément un homme de savoir, indique la disparition de la culture de la coexistence, du débat et du pardon. Et comme nous avons échoué à réaliser ces valeurs (la coexistence, le dialogue et le pardon), nous nous retrouvons à instrumentaliser la question de la sécurité nationale pour nous dédouaner dans nos prises de position. Même dans la question de la sécurité nationale, il y a une exagération qui est l'indice de l'incapacité des institutions religieuses, de certaines élites et même au niveau des universités et centres de sciences religieuses. [...] 

Par le passé, j'avais appelé à établir des lois régissant les relations entre les musulmans, comme nous l'avons fait pour régir les pratiques des non-musulmans, car il y a un vide juridique à cet égard. Mais cette proposition a fait face à de l'extrémisme et à un rejet violent, au point que beaucoup d'imams salafistes et wahhabites, dans un grand nombre de discours, y compris dans les prêches du vendredi, m'ont accusé d'être un mécréant, un agent étranger, un rafidhite (terme péjoratif pour désigner les chiites), un majus (terme péjoratif renvoyant les Iraniens à la religion antique perse) qui ouvrait la porte aux autres écoles (de l'Islam) par cette proposition de loi. Mais des hommes d'Etat doivent penser en tant qu'hommes d'Etat, et non en tant que membres d'une confrérie religieuse. [...]

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